Lire·Debord
  1. Lire Debord
  2. À propos

Le site

Un site de lecture, tenu par un lecteur

Ce que ce site est, comment il est fait, ce qu'il peut servir et ce qu'il ne peut pas — et pourquoi la contrainte juridique, ici, tient lieu de méthode.

Ce que fait ce site

Lire Debord met au centre un texte, comme on pose un livre ouvert sur une table, et range tout le reste en marge. Le texte, ici, c'est la revue Internationale situationniste : douze numéros parus entre juin 1958 et septembre 1969, servis en entier, et c'est le seul corpus de ce cercle que l'on puisse servir ainsi — ses auteurs l'ont voulu libre, et la section suivante dit dans quels termes.

Autour, un appareil. La Société du spectacle, qui est un livre protégé et le restera jusqu'en 2065, n'est pas reproduite : elle est expliquée thèse par thèse. Chacune des thèses commentées a sa page, en trois temps — ce qu'elle pose, d'où elle vient, ce qu'elle ouvre — ouverte par une citation courte et vérifiée. Vous lisez votre Folio, le site lit à côté.

Et pour circuler entre les deux : un abécédaire de trente-cinq mots définis un à un, une chronologie où chaque date porte la page où elle a été vérifiée, et dix-huit fiches d'œuvres, une par texte ou film du corpus.

Pourquoi la contrainte est la méthode

Guy Debord est mort le 30 novembre 1994. En France, son œuvre est protégée jusqu'au 1er janvier 2065 : soixante-dix ans après la mort de l'auteur, l'année entière courant jusqu'au premier jour de la suivante. Ce n'est pas un détail administratif, c'est le fait qui commande toute l'architecture de ce site.

Un site qui aurait voulu « donner à lire Debord » aurait eu deux voies : le reproduire quand même, ce qui est un vol doublé d'une imprudence ; ou renoncer. Il en existe une troisième, et elle se trouve être debordienne. Le détournement suppose qu'on ait lu : il travaille sur des textes que le lecteur a déjà rencontrés, et ne vaut que par ce déjà-là. Un appareil critique fait le même pari. Il ne remplace pas le livre, il le rend lisible — et il oblige à ce que la citation soit courte, portée, située.

Le site est donc bâti avec la contrainte, pas contre elle. Et la contrainte n'y est pas une vigilance mais une donnée : dans le fichier qui décrit le corpus, chaque œuvre porte son statut de droits, et l'outil qui fabrique les pages refuse de servir un texte intégral pour une œuvre qui n'est pas déclarée libre. Une erreur d'inattention ne peut pas passer : elle arrête le programme.

Ce que le site reproduit, et à quel titre

La revue. L'Internationale situationniste porte, en dernière page de son numéro 2 (décembre 1958), cette notice : « Tous les textes publiés dans Internationale Situationniste peuvent être librement reproduits, traduits ou adaptés, même sans indication d'origine. » C'est une autorisation donnée par les auteurs eux-mêmes, et c'est à ce titre, et à nul autre, que les douze numéros sont servis ici en entier.

Les livres et les films. Rien n'en est reproduit. Les pages qui en parlent citent court, et seulement pour commenter : c'est le droit de citation de l'article L. 122-5 du code de la propriété intellectuelle, qui exige que la citation soit brève et justifiée par le caractère critique de l'œuvre où elle s'insère. Le générateur refuse une citation de plus de quarante-cinq mots, et refuse aussi une citation qui ne serait pas portée par un commentaire d'au moins cent cinquante mots. Au total, l'ensemble des citations du livre de 1967 présentes sur ce site tient en un peu plus de deux mille mots, pour quatre-vingt sept pages de commentaire.

Ce qui n'est pas tranché reste fermé. Le Rapport sur la construction des situations (1957) est antérieur à la revue et n'y a pas été repris ; aucune notice de libre reproduction n'a été trouvée sur l'exemplaire original. Il est donc traité comme protégé, et le restera tant que rien n'établira le contraire. Il en va de même des textes parus dans Les Lèvres nues en 1955 et 1956, à l'exception de la « Théorie de la dérive », que la revue a reprise dans son numéro 2 — mais modifiée, et c'est la version du numéro 2 qui est ici, pas celle de 1956.

Comment les faits sont vérifiés

La règle est simple et elle ne souffre pas d'exception : on ne comble pas un blanc par une supposition plausible. Une date, un éditeur, une durée de film, une notice de droits n'entrent sur ce site que si une source a été consultée, et cette source est nommée sur la page. Ce qui n'a pas pu être vérifié n'est pas écrit — ou, quand le fait est trop structurant pour être tu, il est écrit avec la mention de ce qui reste incertain.

Vous verrez donc, çà et là, des phrases qui disent « les sources divergent », et une chronologie qui préfère une année à un jour quand le jour n'est donné que par une seule source. C'est volontaire. Un site de lecture qui arrondirait ses faits n'aurait aucune raison d'être cru sur ses lectures.

Pour le texte de la revue, le travail a consisté à reprendre les transcriptions disponibles en ligne, puis à les relire sur le fac-similé des numéros originaux, page par page, pour retirer les coquilles introduites par les transcripteurs successifs — tout en conservant les graphies d'époque quand le fac-similé les porte. Chaque numéro dit, en tête, quand son texte a été établi et d'après quoi ; les corrections appliquées sont conservées dans le dépôt, avec leur justification.

Comment il est fait

Le site est entièrement statique : du HTML, une feuille de style, quelques fichiers de script, et rien d'autre. Aucune publicité, aucun traceur. Le compte est facultatif et ne sert qu'à écrire — la Place publique, les messages, le carnet qui vous suit — et les mentions légales disent exactement ce qu'il garde. Les pages sont dérivées de quelques fichiers de données — le corpus, l'abécédaire, les thèses, les numéros de la revue, la chronologie — par un petit programme que le dépôt contient : c'est ce qui garantit qu'un titre d'œuvre est le même partout, et qu'aucun lien n'est écrit vers une page qui n'existe pas.

Ce qui est à vous reste à vous. Le carnet — les passages que vous surlignez et les notes que vous prenez — vit dans votre navigateur, et n'est envoyé nulle part. Vous pouvez l'exporter à tout moment pour l'emporter ailleurs.

Le code est public : github.com/maradomarx/lire-debord. Une erreur trouvée s'y signale, et se corrige.

Un site frère

Lire Debord reprend la méthode et le socle technique de Lire Marx, du même auteur : le texte au centre, l'appareil en marge, rien qui ne soit vérifié. Il s'en sépare sur un point visible — celui-ci est clair là où l'autre est sombre — et sur un point moins visible : chez Marx, le texte servi est dans le domaine public ; ici, il ne l'est pas, et n'est servi que parce que ses auteurs l'ont explicitement libéré.

La forme de ce site vient des cartes psychogéographiques de 1957, The Naked City et le Guide psychogéographique de Paris : des fragments de plan découpés, posés sur le blanc, reliés par de grosses flèches rouges. C'est une figure de navigation autant qu'une image, et elle dit assez bien ce qu'on peut faire d'un corpus : entrer n'importe où, et suivre une flèche.