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Potlatch Libre

Numéro 20 30 mai 1955

Bulletin d’information du groupe français de l’Internationale lettriste. — Mensuel.

6 textes · 1 780 mots · 9 min de lecture · texte de l’édition Le Bail, collationné à l’image du fac-similé de la Beinecke, relu deux fois ; 13 passages non collationnés (page absente)

MAI 1955, LA PRESSE RÉPUBLICAINE S’ATTENDRIT SUR LE RÉPUGNANT CADAVRE DE MARIE-ANTOINETTE

3 min

« L’indulgence est pour les conspirateurs, et la rigueur est pour le peuple. On semble ne compter pour rien le sang de 200 000 patriotes répandu et oublié. »

(Saint-Just. Rapport du 8 ventôse, an II)

DUTILLEUL CONTRE L’INTERNATIONALE LETTRISTE

(suite de la troisième lettre de DUTILLEUL, du 7 avril 1955.)

...
Je regrette vivement de ne pouvoir vous suivre et accepter vos conditions fantaisistes. Croyez bien que les écarts de langage et le manque de considération que vous avez pour notre confrère français Albert Camus ne changeront en rien notre fonctionnement habituel. – Par conséquent, je dois vous faire savoir d’une façon définitive que notre contrat d’exposition doit prévoir la publicité selon nos conventions habituelles ; que ce contrat ne peut prévoir l’impression ou la diffusion de commentaire. Votre lettre précédente me demandait de réaliser ces imprimés et de vous les facturer en plus. Je vous donnais à savoir que nous n’acceptions pas de travaux extérieurs et que vous pouviez passer commande à un imprimeur. Je ne puis que vous redire ces données. Dès lors, nous réalisons, selon notre contrat, des invitations courantes et des affichettes. – D’autre part, nous ne pouvons considérer ce fait comme vous autorisant à ne pas exposer. Je vous prie donc, tout en transmettant en garantie votre dossier à notre syndicat, de considérer les dates d’exposition de notre contrat et de les appliquer. – Croyez bien que je serais heureux de présenter ces expositions, mais je regrette votre position indéfendable ; j’espère que vous voudrez considérer la présente comme réelle. Je vous prie de croire, Messieurs, à l’assurance de mes meilleurs sentiments.

Georges-Marie Dutilleul
Dr Gl

de G.M. Dutilleul. – à l’Internationale lettriste, 32, rue de la Montagne-Geneviève Paris 5e France.

9 avril 1955

Messieurs,

J’accuse réception de votre billet de ce 7 avril 1955 – Je regrette que vous ne pouviez (le style, c’est l’homme – Note de potlatch.) exposer et que votre avis me parvienne la veille du vernissage de l’exposition ce qui, sans conteste, me cause un préjudice réel. Le contrat que vous avez signé reste valable en tout, dès lors, que vous exposiez ou non, la période retenue est vôtre. Je vous prie néanmoins de m’avertir trois jours auparavant de l’arrivée éventuelle de vos matériaux. En annexe, j’ai l’honneur de vous transmettre la facture pro-format relative à vos contrats, facture que vous voudrez bien liquider selon nos conditions. Je vous prie de croire, Messieurs, à l’assurance de ma considération,

Georges-Marie DUTILLEUL

Suite à une communication de la Chancellerie de France et de sa Section Consulaire auprès desquelles notre Syndicat a présenté le rapport de vos agissements et nos contrats, je tiens à vous faire savoir que si la facture annexée n’était pas prise en considération dans les six jours, la Chancellerie de France communiquerait au Conseiller Commercial de l’Ambassade de Belgique à Paris ces documents en vue d’assignation immédiate et de plainte de police par huissier, frais à votre charge s’élevant à 780 francs belges en sus.

La présente réalisée en triple exemplaire et enregistrée à Bruxelles le 9 avril 1955.

lu et approuvé : (Illisible)

Un dernier mot

On conçoit que l’industrieux Dutilleul, frustré des bénéfices qu’il escomptait réaliser sur les ventes lorsqu’il nous offrit gratuitement ses galeries, veuille balancer ce manque à gagner en facturant au prix fort la note de frais des invitations qui n’ont pas servi.

On retiendra toutefois comme l’élément instructif de la prose peu claire de Dutilleul le fait que M. Albert Camus s’y trouve nommément désigné comme étant un « confrère français » de cette sorte d’huissier d’avant-garde, tenace mais impayé. Ajoutons que nous ne croyons pas avoir manqué de considération envers l’auteur de L’Homme révolté en déclarant qu’il est un médiocre, prêt à se produire sur tous les tréteaux. Tout le monde sait cela. Depuis le 14 mai, il écrit même dans L’Express.

pour Potlatch :
Michèle Bernstein, J. Fillon.

Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier lettriste, avec 40 autres.

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RÉDACTION DE NUIT

1 min

Le tract Construisez vous-mêmes une petite situation sans avenir est actuellement apposé sur les murs de Paris, principalement dans les lieux psychogéographiquement favorables.

Ceux de nos correspondants qui auront pris plaisir à coller ce tract peuvent en réclamer d’autres à la rédaction de Potlatch.

Sur la Place publique les fils des lecteurs sur ce texte

L’ARCHITECTURE ET LE JEU

Guy-Ernest Debord · 4 min

Johan Huizinga dans son Essai sur la fonction sociale du jeu établit que « ... la culture, dans ses phases primitives, porte les traits d’un jeu, et se développe sous les formes et dans l’ambiance du jeu ». L’idéalisme latent de l’auteur, et son appréciation étroitement sociologique des formes supérieures du jeu, ne dévalorisent pas le premier apport que constitue son ouvrage. Il est vain, d’autre part, de chercher à nos théories sur l’architecture ou la dérive d’autres mobiles que la passion du jeu.

Autant le spectacle de presque tout ce qui se passe dans le monde suscite notre colère et notre dégoût, autant nous savons pourtant, de plus en plus, nous amuser de tout. Ceux qui comprennent ici que nous sommes des ironistes sont trop simples. La vie autour de nous est faite pour obéir à des nécessités absurdes, et tend inconsciemment à satisfaire ses vrais besoins.

Ces besoins et leurs réalisations partielles, leurs compréhensions partielles, confirment partout nos hypothèses. Un bar, par exemple, qui s’appelle « Au bout du monde », à la limite d’une des plus fortes unités d’ambiance de Paris (le quartier des rues Mouffetard-Tournefort-Lhomond), n’y est pas par hasard. Les événements n’appartiennent au hasard que tant que l’on ne connaît pas les lois générales de leur catégorie. Il faut travailler à la prise de conscience la plus étendue des éléments qui déterminent une situation, en dehors des impératifs utilitaires dont le pouvoir diminuera toujours.

Ce que l’on veut faire d’une architecture est une ordonnance assez proche de ce que l’on voudrait faire de sa vie. Les belles aventures, comme on dit, ne peuvent avoir pour cadre, et origines, que les beaux quartiers. La notion de beaux quartiers changera.

Photographie collée, non reproduite Jacques Fillon dans le Palais Idéal

Actuellement déjà on peut goûter l’ambiance de quelques zones désolées, aussi propres à la dérive que scandaleusement impropres à l’habitat, où le régime enferme cependant des masses laborieuses. Le Corbusier reconnait lui-même, dans L’urbanisme est une clef, que, si l’on tient compte du misérable individualisme anarchique de la construction dans les pays fortement industrialisés, « ... le sous-développement peut être tout autant la conséquence d’un superflu que celle d’une pénurie. » Cette remarque peut naturellement se retourner contre le néo-médiéval promoteur de la « commune verticale ».

Des individus très divers ont ébauché, par des démarches apparemment de même nature, quelques architectures intentionnellement déroutantes, qui vont des célèbres chateaux du roi Louis de Bavière à cette maison de Hanovre, que le dadaïste Kurt Schwitters avait, parait-il, percée de tunnels et compliquée d’une forêt de colonnes d’objets agglomérés. Toutes ces constructions relèvent du caractère baroque, que l’on trouve toujours nettement marqué dans les essais d’un art intégral, qui serait complètement déterminant. À ce propos, il est significatif de noter les relations entre Louis de Bavière et Wagner, qui devait lui-même rechercher une synthèse esthétique, de la façon la plus pénible et, somme toute, la plus vaine.

Photographie collée, non reproduite G.-E. Debord à proximité d’Aubervilliers

Il convient de déclarer nettement que si des manifestations architecturales, auxquelles nous sommes conduits à accorder du prix, s’apparentent par quelque côté à l’art naïf, nous les estimons pour tout autre chose, à savoir la concrétisation de forces futures inexploitées d’une discipline économiquement peu accessible aux « avant-gardes ». Dans l’exploitation des valeurs marchandes bizarrement attachées à la plupart des modes d’expression de la naïveté, il est impossible de ne pas reconnaître l’étalage d’une mentalité formellement réactionnaire, assez apparentée à l’attitude sociale du paternalisme. Plus que jamais, nous pensons que les hommes qui méritent quelque estime doivent avoir su répondre à tout.

Les hasards et les pouvoirs de l’urbanisme, que nous nous contentons actuellement d’utiliser, nous ne cesserons pas de nous fixer pour but de participer, dans la plus large mesure possible, à leur construction réelle.

Le provisoire, domaine libre de l’activité ludique, que Huizinga croit pouvoir opposer en tant que tel à la « vie courante » caractérisée par le sens du devoir, nous savons bien qu’il est le seul champ, frauduleusement restreint par les tabous à prétention durable, de la vie véritable. Les comportements que nous aimons tendent à établir toutes les conditions favorables à leur complet développement. Il s’agit maintenant de faire passer les règles du jeu d’une convention arbitraire à un fondement moral.

Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier urbanisme, avec 79 autres.

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« LES MÉCANISMES DE LA FASCINATION »

1 min

Le 10 mai, Mohamed Dahou, entrant par inadvertance à la galerie Craven comme on y présentait une exposition de trente peintres abstraits, eut la surprise de reconnaître dans l’assistance un certain nombre de policiers en bourgeois.

Il sortit aussitôt, non sans avoir mis en garde les personnes présentes.

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BELGIQUE, PETITE AMÉRIQUE

L. Rankine · 2 min

Ce ne sont pas les J.G.S. effervescents et malappris, ni les sournois lecteurs de L’Observateur, ralliés au P.S.B. « parce qu’il n’y a que là qu’on puisse faire quelque chose », qui pourront influencer ou seulement tendre à gauchir l’orientation d’un parti socialiste qui n’est plus que le parti de millions de fesses d’épiciers, tiraillés entre le doublon coopératif ou la carte syndicale, entre l’espoir d’une « permanence » et la pension à 75 % du salaire moyen.

Au meeting du premier mai à Liège, André Renard, secrétaire national de la F.G.T.B. – l’analogue de F.O. en France, mais avec plus d’omnipotence et moins de souplesse – a lancé un appel incendiaire à la grève générale pour le 11 juin prochain en vue de contrecarrer la manifestation sociale chrétienne prévue ce jour-là contre les projets Collard, qui portent atteinte, bien faiblement, à l’enseignement confessionnel. Ce Renard, qui se prend pour John Lewis, comme le moindre lainier de Verviers ou le plus microscopique industriel de la Basse-Meuse se donnent des airs à la Pierpont Morgan, a fait la preuve de son « révolutionnarisme » de salon lors de la grève de 1950, à propos de la liquidation de l’affaire royale. En ce temps-là, parlant du siège de la F.G.T.B. aux ouvriers venus dans les rues de Liège, il les renvoya chez eux, les assurant du départ de Léopold III qui, depuis lors, vit au palais de Laeken... Il est vrai qu’aujourd’hui la « question scolaire » offre l’avantage d’opérer le détournement de la force syndicale et d’enterrer le fameux plan des nationalisations, impossible à réaliser sous le gouvernement actuel socialo-libéral, mais qui pourrait être, s’il était mis en action, le prélude d’une unité d’action efficace entre la F.G.T.B. et les organisations syndicales chrétiennes. La question scolaire divise les forces ouvrières au profit de la seule majorité anticléricale, majorité où la réaction libérale se taille encore un beau crépuscule.

Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier conseils, avec 51 autres.

Sur la Place publique les fils des lecteurs sur ce texte

Potlatch – rédacteur en chef : M. Dahou, 32 rue de la Montagne-Geneviève Paris 5e