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Potlatch Libre

Numéro 4 13 juillet 1954

Bulletin d’information du groupe français de l’Internationale lettriste. — Paraît tous les mardis.

6 textes · 1 127 mots · 6 min de lecture · texte de l’édition Le Bail, collationné à l’image du fac-similé de la Beinecke, relu deux fois

LE MINIMUM DE LA VIE

2 min

On ne dira jamais assez que les revendications actuelles du syndicalisme sont condamnées à l’échec ; moins par la division et la dépendance de ses organismes reconnus que par l’indigence des programmes.

On ne dira jamais assez aux travailleurs exploités qu’il s’agit de leurs vies irremplaçables où tout pourrait être fait ; qu’il s’agit de leurs plus belles années qui passent, sans aucune joie valable, sans même avoir pris des armes.

Il ne faut pas demander que l’on assure ou que l’on élève le « minimum vital », mais que l’on renonce à maintenir les foules au minimum de la vie. Il ne faut pas demander seulement du pain, mais des jeux.

Dans le « statut économique du manœuvre léger », défini l’année dernière par la Commission des Conventions Collectives, statut qui est une insupportable injure à tout ce que l’on peut encore attendre de l’homme, la part des loisirs – et de la culture – est fixée à un roman policier de la Série Noire par mois.

Pas d’autre évasion.

Et de plus, par son roman policier, comme par sa Presse ou son Cinéma d’Outre-Atlantique, le régime étend ses prisons, dans lesquelles il ne reste rien à gagner – mais rien à perdre que ses chaînes.

La vie est à gagner au delà.

Ce n’est pas la question des augmentations de salaires qu’il faut poser, mais celles de la condition faite au peuple en Occident.

Il faut refuser de lutter à l’intérieur du système pour obtenir des concessions de détail immédiatement remises en cause ou regagnées ailleurs par le capitalisme. C’est le problème de la survivance ou de la destruction de ce système qui doit être radicalement posé.

Il ne faut pas parler des ententes possibles, mais des réalités inacceptables : demandez aux ouvriers algériens de la Régie Renault où sont leurs loisirs, et leur pays, et leur dignité, et leurs femmes ? Demandez-leur quel peut être leur espoir ? La lutte sociale ne doit pas être bureaucratique, mais passionnée. Pour juger les désastreux résultats du syndicalisme professionnel, il suffit d’analyser les grèves spontanées d’août 1953 ; la résolution de la base ; le sabotage par les centrales jaunes ; l’abandon par la C.G.T. qui n’a su ni provoquer la grève générale ni l’utiliser alors qu’elle s’étendait victorieusement. Il faut, au contraire, prendre conscience de quelques faits qui peuvent passionner le débat : le fait par exemple que partout dans le monde nos amis existent, et que nous nous reconnaissons dans leuur combat. Le fait aussi que la vie passe, et que nous n’attendons pas de compensations, hors celles que nous devons inventer et bâtir nous-mêmes.

Ce n’est qu’une affaire de courage.

pour l’Internationale lettriste :
Michèle I. Bernstein, André-Frank Conord, Mohamed Dahou,
G.-E. Debord, Jacques Fillon, Gil J Wolman.

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LA MEILLEURE NOUVELLE DE LA SEMAINE

1 min

Madrid – 8 juillet – Le général Franco a tenu hier devant le sénateur américain Byrd, qu’il a reçu pendant plus d’une heure en son palais du Prado, des paroles assez dures pour la France qui est, d’après lui, « dans une mauvaise passe ». Il a indiqué au sénateur que, pour sa part, il avait bien peu d’espoir quant à son avenir de grande puissance. (Paris-Presse – 9/7/54)

L’exposition de métagraphies influentielles ouverte le 11 juin à la Galerie du Double Doute s’est achevée le 7 juillet sans incidents graves.

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UNE ENQUÊTE DE L’INTERNATIONALE LETTRISTE

1 min

– Quelle nécessité reconnaissez-vous au JEU COLLECTIF dans une société moderne ?

– Quelle attitude convient-il de prendre envers les détournements réactionnaires de ce besoin (style Tour de France) ?

Communiquer les réponses à Mohamed Dahou, rédacteur en chef de l’Internationale lettriste – 32 rue de la Montagne Geneviève – Paris 5e

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PROCHAINE PLANÈTE

1 min

Les constructeurs en sont perdus, mais d’inquiétantes pyramides résistent aux banalisations des agences de voyage.

Le facteur Cheval a bâti dans son jardin d’Hauterive, en travaillant toutes les nuits de sa vie, son injustifiable « Palais Idéal » qui est la première manifestation d’une architecture de dépaysement.

Ce Palais baroque qui détourne les formes de divers monuments exotiques, et d’une végétation de pierre, ne sert qu’à se perdre. Son influence sera bientôt immense. La somme de travail fournie par un seul homme avec une incroyable obstination n’est naturellement pas appréciable en soi, comme le pensent les visiteurs habituels, mais révélatrice d’une étrange passion restée informulée.

Ébloui du même désir, Louis II de Bavière élève à grands frais dans les montagnes boisées de son royaume quelques délirants chateaux factices – avant de disparaître dans des eaux peu profondes.

La rivière souterraine qui était son théâtre ou les statues de plâtre en ses jardins signalent cette entreprise absolutiste, et son drame.

Il y a là bien sûr tous les motifs d’une intervention pour la racaille des psychiâtres ; et encore des pages à baver pour les intellectuels paternalistes qui relancent de temps en temps un « naïf ».

Mais la naïveté est leur fait. Ferdinand Cheval et Louis de Bavière ont bâti les châteaux qu’ils voulaient, à la taille d’une nouvelle condition humaine.

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VALABLE PARTOUT

1 min

« On n’a pas été sans remarquer à quels résultats étranges aboutissaient les élections en notre pays. Au point qu’à la lecture des chiffres, on pouvait se demander si “le peuple” ne se compose pas somme toute de millionaires auxquels ne s’opposerait qu’une élite infime d’ouvriers. »

(Extrait du n° 1 de la revue Les Lèvres Nues –
Bruxelles – Belgique)

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LE DROIT DE RÉPONSE

1 min

Tout le monde sait que l’extrême-droite française s’apprête à une épreuve de force. Les provocations du 14 juillet 1953 en témoignent aussi bien que les émeutes qui ont suivi la reddition du général Castries à Dien Bien Phu. Ces émeutes étaient organisées par des groupes de choc ostensiblement soutenus par la Police, groupes formés d’anciens d’Indochine (cf. France-Observateur du 25 juin dernier) ou des éléments les plus inintelligents de la jeunesse étudiante. Chaque semaine, des vendeurs de la presse de gauche sont pris à partie par des voyous bien décidés à se faire la main.

À toute violence, il faut riposter par une violence plus grande : il existe heureusement en France, depuis quelques années, une minorité combative d’une conscience révolutionnaire avancée ; les travailleurs nord-africains sont particulièrement nombreux à Paris et dans les villes du Nord ou de l’Est. Un sincère effort de propagande parmi eux est extrêmement « payant ». Les avantages de cette alliance sont aussi nombreux qu’apparents. Leur technique de la bagarre de rue est égale ou supérieure à celle des formations paramilitaires les plus entraînées. Des permanences se sont constituées d’elles-mêmes dans de nombreux quartiers où les cafés algériens sont emplis de chômeurs.

Enfin, entre tous les Nord-Africains de Paris, l’accord s’est fait sur quelques sujets : ils sont prêts à taillader toute espèce de fasciste, quelle qu’en soit l’étiquette.

Malgré le secours de la police, il est trés facile d’expulser de la voie publique certaines canailles.

La Rédaction

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Potlatch : rédacteur en chef : André-Frank Conord 15 rue Duguay-Trouin Paris 6e