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Potlatch Libre

Numéro 15 22 décembre 1954

Bulletin d’information du groupe français de l’Internationale lettriste. — Mensuel.

12 textes · 2 209 mots · 11 min de lecture · texte de l’édition Le Bail, collationné à l’image du fac-similé de la Beinecke, relu deux fois

LA FLEUR DE L’ÂGE

Michèle Bernstein · 2 min

Commencée sous le règne du Maréchal Pétain, la vogue de la jeunesse en France va croissant. Une étonnante surenchère semble faire de l’âge, quand il est tendre, une référence pour les carrières de l’intelligence monnayée. C’est que les possédants des vieilles valeurs ne savent comment assurer la relève : les surréalistes, les prêtres, les romanciers d’avenir manquent.

Les jeunes postulants sont donc bien reçus. À la rédaction de Combat ou du Figaro ils ont leur chance et leur rubrique. Un marchand de tableaux tel que Charpentier leur consacre une exposition – sans se référer à la moindre ligne picturale. Le terme « jeune » est cependant requis pour la publicité. Il suffit à l’intérêt, du moins, il supplée.

Tout ce qui se présente est d’ailleurs d’une médiocrité parfaite. Les jeunes, conscients du bifteack offert, ne livrent que la marchandise demandée. Plus abstraits que les maîtres de l’abstrait, surréalistes-médiums sous la livrée de Dédé-les-Amourettes, Aragonisant avec le C.N.E. ; ils trottent sans broncher dans les sentiers rebattus et apportent périodiquement le dessin ou la copie d’usage. Le roman psychologique a sa benjamine, les naïfs ont leurs bons élèves. L’ingratitude n’est pas à craindre : comme audaces ils ont conquis l’argot et le jazz.

Des « revues de jeunes » paraissent pour défendre les valeurs révoltées de l’adolescence et de l’impuberté. Les plus honnêtes glosent autour du Grand Meaulnes. Mais quoiqu’une certaine gauche se porte encore assez bien (Mendès-France, nous voila), les journaux à tendance fasciste passive, dans l’attente d’un maître, sont les plus vivaces et les mieux rémunérés.

Le théâtre en rond tourne bien. Un Kafkadamov, un Ionesco-le-Momo traduisent et mettent en scène.

Heureusement la poésie, si l’on excepte son dépassement dans les sonnets des Lettres Françaises, s’est tue après les provocations de la poésie onomatopéique. De même, dans le Cinéma la lèpre de l’avant-garde a été gommée par les manifestations extrêmes des lettristes. Mais partout ailleurs, la foire continue, les médailles tombent.

D’aussi misérables résultats sont obligatoires. La jeunesse, qui n’a jamais représenté une force que pour la formation de milices fascistes, ne saurait rien apporter aux cadres et aux formes fixes qu’on lui demande de ravauder. En vain des jeunes gens, bulletin de naissance à la main, viennent donner leur caution au dix-millième sous-produit de James Joyce ou à la révolution radicale-socialiste : les domaines sont épuisés, le régime aussi.

Les seules réponses sérieuses, à tout âge, se fondent sur quelques systèmes connus, mais qu’il ne saurait être question d’admettre dans le débat, puisqu’ils en signifient la fin inexorable. À ces réponses sérieuses nous apportons notre part, et notre appui.

Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier langage, avec 71 autres.

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QUI EST POTLATCH ? RÉPONSES

1 min

Les opinions les plus répandues sont exprimées par le troisième cas : vocable vide de sens (Franc-Tireur, Camus etc...) et le premier cas : espion soviétique (Aspects de la France, Breton, G. Mollet etc...)

Cependant quelques personnes parmi nos correspondants soutiennent hardiment la deuxième éventualité : cadeau somptuaire.

Il est donc inutile de s’attarder sur ce problème, aussi embrouillé que tous les problèmes que cette société feint de se poser. Et sur une solution aussi aveuglante que toutes les autres.

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UNE ARCHITECTURE DE LA VIE

Asger Jorn · 2 min

Nous publions aujourd’hui quelques extraits du livre d’Asger Jorn Image et Forme sur l’architecture et son avenir, problème que nous n’avons cessé de soulever ici. (Voir notamment PROCHAINE PLANÈTE dans le numéro 4 de Potlatch et LES GRATTE-CIELS PAR LA RACINE dans le numéro 5)

Nous avons traduit la récente édition italienne qu’Asger Jorn nous a fait parvenir.

Elle est elle-même traduite du danois.

Utilité et fonction resteront toujours le point de départ de toute critique formelle ; il s’agit seulement de transformer le programme du Fonctionnalisme.

... les fonctionnalistes ignorent la fonction psychologique de l’ambiance... l’aspect des constructions et des objets qui nous environnent et que nous utilisons à une fonction indépendante de leur usage pratique.

... Les rationalistes fonctionnalistes, en raison de leurs idées de standardisation, se sont imaginé que l’on pouvait arriver aux formes définitives, idéales, des différents objets intéressant l’homme. L’évolution d’aujourd’hui montre que cette conception statique est erronée. On doit parvenir à une conception dynamique des formes, on doit regarder en face cette vérité que toute forme humaine se trouve en état de transformation continuelle. On ne doit pas, comme les rationalistes, éviter cette transformation ; la faillite des rationalistes, c’est de n’avoir pas compris que la seule façon d’éviter l’anarchie du changement consiste à prendre conscience des Lois par lesquelles la transformation s’opère, et à s’en servir.

... Il est important de comprendre que tel conservantisme des formes est purement illogique parce qu’il n’est pas causé par le fait que l’on ne connait pas la forme définitive et idéale de l’objet, mais bien par le fait que l’homme s’inquiète s’il ne trouve pas une part de « déja vu » dans le phénomène inconnu... le radicalisme des formes est causé par le fait que les gens s’attristent s’ils ne trouvent pas dans le connu quelque chose d’inusité. On peut trouver ce radicalisme illogique, comme font les tenants de la standardisation, mais on ne doit pas oublier que la seule voie vers la découverte est donnée par ce besoin de l’homme.

... L’architecture est toujours l’ultime réalisation d’une évolution mentale et artistique ; elle est la matérialisation d’un stade économique. L’architecture est le dernier point de réalisation de toute tentative artistique parce que créer une architecture signifie construire une ambiance et fixer un mode de vie.

Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier corbusier, avec 8 autres.

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ÉCONOMIQUEMENT FAIBLE

Guy-Ernest Debord · 1 min

Isou, qui depuis son exclusion tire sa subsistance d’une pornographie malhabile (Notre Metier d’amant, à France-Diffusion, 12 rue Yves-Toudic Paris 10e – catalogues spéciaux contre 4 timbres de 15 francs, si l’on en croit sa publicité), vient de nous consacrer dans une sorte de revue qui se vend aux terrasses des cafés un article très long, et amusant par endroits, intitulé « Le néo-lettrisme ».

Ce petit pamphlet nous accuse principalement d’être des fainéants, « de gagner plus d’argent » que lui – contrairement à beaucoup de nos détracteurs, Isou ne nous révèle pas par quels moyens –, d’être des amis de M. André Breton, de lui avoir ôté son lettrisme de la bouche, d’écrire rarement et brièvement, d’être communistes, de beaucoup d’autres choses encore.

La sénilité précoce éclate dans chaque phrase : « J’ai réussi à former quelques demi-dieux, avoue notre clown. Certains d’entre eux s’agitent médiocrement ou dangereusement pour eux-mêmes ou pour les autres. Je travaille pour devenir un dieu capable de former des dieux avec qui je ne me disputerai plus. »

Le pauvre gamin attardé n’aura effectivement plus l’occasion de se disputer avec des méchants petits camarades de notre genre :

Il en est tombé au niveau du journal Enjeu, adresse 22 rue Léon-Jost Paris 17e.

Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier lettriste, avec 40 autres.

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LA MEILLEURE DES PROPAGANDES

1 min

Fidèles à notre habitude de porter directement à la connaissance du public les sottises que l’on imprime à notre propos, nous diffuserons nous-même, au début de janvier, quelques exemplaires du journal Enjeu, dont le texte intégral permettra à nos correspondants de situer l’actuel Isou dans sa juste perspective.

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L’HIVER EN SUISSE

1 min

Les lettristes suisses qui s’étaient manifestés en octobre et novembre dans leur pays doivent être considérés comme de purs et simples provocateurs.

Notre rupture avec eux a fait l’objet d’une note en date du 7 décembre diffusée à l’intérieur de l’Internationale lettriste, et auprès de quelques amis étrangers. Nous rappelons à ce propos que le recours à des violences personnelles est imbécile, et que nous ne doutons pas d’un règlement plus général des conflits où nous nous trouvons impliqués.

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Sans titre

1 min

En raison de l’augmentation constante des lecteurs de Potlatch ce bulletin, à partir de son numéro 16, ne sera plus envoyé à un certain nombre de personnes et de journaux de peu d’intérêt qui le recevaient jusqu’à ce jour.

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PERSPECTIVES DES ACCORDS DE LONDRES ET DE PARIS

L. Rankine · 3 min

Sous la poussée des intérêts capitalistes précis dont il est le porte-parole, M. Mendès-France s’est avisé qu’une Allemagne réarmée, non seulement s’imposait, mais qu’il fallait lui assurer de réelles possibilités d’existence. Élaborés en fonction d’un réarmement admis par tout le monde et poursuivi ouvertement par un petit nombre de personnalités plus ou moins militaires, les accords de Londres et de Paris allient les vues économiques les plus larges aux plans de conquête les moins couverts.

En premier lieu, leur objectif est de rendre impossible tout dialogue authentique avec l’Est. Dans ce but, M. Mendès-France s’est prémuni à l’aide de la promesse jésuitique qu’il fit récemment à l’O.N.U. de discuter « après » la ratification des accords. En fait, la ratification enlèverait toute chance de parvenir – à travers une discussion loyale sur le problème allemand – à un accord durable avec l’U.R.S.S. La menace de l’U.R.S.S. de rompre son pacte d’amitié avec la France, en cas de ratification de ces accords, a déja permis de mettre en lumière une aimable contradiction de la politique occidentale. Quand les autorités diplomatiques françaises, il n’y a guère encore, protestaient de la parfaite compatibilité de ces accords et du traité d’alliance signé à Moscou en 1944 par le général de Gaulle, la presse n’a pas manqué de souligner le caractère formel de pareille menace, étant donné que ce pacte avait depuis longtemps une fonction purement symbolique...

Est-ce aussi par hasard qu’au moment où ces accords vont être soumis à la ratification il n’est question, aussi bien en Allemagne qu’en France, que de mesures qui constituent de flagrantes violations des libertés démocratiques ?

En Allemagne, la menace d’interdiction qui pèse sur le parti communiste signifie à brève échéance l’interdiction pure et simple de tout mouvement anti-militariste, une restriction apportée à l’activité des syndicats et des organisations de la classe ouvrière.

En France, le développement en marge de la fameuse « affaire des fuites » – et dont Gilles Martinet et le journal France-Observateur sont les premières victimes – marque assez bien le courant nouveau qui s’installe dans les pratiques gouvernementales des hommes qui soutiennent ces accords. Comme l’écrit le même France-Observateur (9 décembre 1954) : « L’application du maccarthysme dans les mœurs européennes, la limitation de nos libertés individuelles sont liées au réarmement de l’Allemagne ».

Sur un plan plus intimement lié au déroulement du processus historique, les accords de Londres et de Paris comportent des conséquences aussi graves, quoiqu’encore voilées. Il est hors de doute que le marchandage dont la Sarre fait l’objet entre Bonn et Paris masque assez mal l’évident désir des capitalistes français d’obtenir des compensations importantes en Europe à la suite du cuisant échec indochinois. En ce sens, il n’est pas impossible que des promesses aient été faites aux capitalistes allemands pour les inciter à accepter ces concessions, au prix d’une plus grande participation à la mise en exploitation des territoires d’outre-mer encore sous la dépendance de la France, et notamment de l’Afrique du Nord. Cette éventualité signifierait, en clair, un renforcement du système d’exploitation capitaliste dans ces pays déja particulièrement éprouvés par la misère, l’incurie et la répression.

Contre la politique jésuitique de la discussion avec l’U.R.S.S. après la ratification, contre les atteintes à la liberté – déja manifestes – que le réarmement de l’Allemagne entraîne aussi bien en France que dans ce pays, contre l’alliance des capitalismes allemand et français, il faut s’opposer à toute ratification ou application des accords de Londres et de Paris.

Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier situationnistes, avec 52 autres.

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Sans titre

1 min

La rédaction de Potlatch s’associe aux protestations publiées contre la stupéfiante inculpation de M. Gilles Martinet, impliqué contre toute vraisemblance dans une affaire d’espionnage américain en France.

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Sans titre

Jacques Fillon · 1 min

À propos de l’interdiction à la R.T.F. d’une chanson « pacifiste » sur l’intervention d’un Paul Faber, actuel conseiller municipal de la Ville de Paris, ancien combattant.

Cette anecdote illustre parfaitement une sorte de personnage ignoble qui ose encore brandir à la tête des gens le titre d’Ancien-Combattant comme d’autres se targuent de celui d’ancien S.S. Je ne m’étendrai pas sur les causes, que personne n’ignore d’ailleurs, qui ont fait que vous êtes devenus bien malgré vous des Anciens-Combattants. Mais au moins n’en tirez pas gloire, il n’y a vraiment pas de quoi.

Messieurs les Anciens-Combattants ou autre corporation similaire, votre race est en voie de disparition. Vous pouvez encore aujourd’hui tenir le langage absurde de l’âge de pierre, aujourd’hui vous pouvez encore obliger les jeunes gens à se préparer au prochain conflit, aujourd’hui vous pouvez encore parler de vos propriétés, de vos colonies, de vos empires. Mais vos jours sont comptés : vous appartenez au Musée, avec le dinosaure et la meule de pierre taillée. Gentiment nous vous laissons vous éteindre de votre belle mort, mais au moins taisez-vous. Ne nous obligez pas à vous aider à achever plus rapidement votre triste carrière. Quant aux malheureux débris auxquels vous essayez de repasser le flambeau, ne comptez pas sur eux (je veux parler de ces jeunes crevés qui se sont juste montrés capables d’assassiner pour quelque argent leurs frères paysans et ouvriers d’Indochine) car, trop près d’eux, nous n’aurions pas pour leur carcasse la patience que nous avons usée pour la vôtre.

Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier marchandise, avec 79 autres.

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L’OFFRE ET LA DEMANDE

1 min

Nous venons d’achever un premier essai de propagande radiophonique, intitulé La Valeur éducative. Cette émission, d’un style inusité, est à la disposition de toute chaîne qui pourrait en prendre le risque.

Nous pouvons également communiquer aux ciné-clubs qui sont hors de France, quelques films qui firent scandale en 1952, et auxquels nous n’accordons plus qu’une valeur historique.

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LE PIÈGE

Gil J Wolman · 1 min

À la question : « Êtes-vous des imbéciles ou des faussaires ? », les surréalistes (voir Potlatch, numéro 14) ont répondu : « Les faussaires, c’est plutôt vous ».

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Potlatch – rédacteur en chef : M. Dahou 32, rue de la Montagne-Geneviève Paris 5e