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Potlatch Libre

Numéro 17 24 février 1955

Bulletin d’information du groupe français de l’Internationale lettriste. — Mensuel.

8 textes · 2 086 mots · 10 min de lecture · texte de l’édition Le Bail, collationné à l’image du fac-similé de la Beinecke, relu deux fois

TOUT ORDRE NEUF

Jacques Fillon · 3 min

Tout ordre neuf est considéré comme un désordre et traité comme tel. Les premiers essais de « Métagraphie Libérée » furent effectués par G.-E. Debord et moi-même durant l’automne 1951.

Convaincus que nous étions sur la bonne voie par quelques succès probants, nous persévérâmes et obtînmes en octobre dernier, trois ans après presque jour pour jour, les résultats tangibles que nous escomptions. Ces résultats, encore bien loin de nous satisfaire complètement, nous ont cependant permis de faire un grand pas dans l’évolution de la forme.

Malgré sa puissance intrinsèque de rayonnement, l’éco-métagraphie inhérente à la matière, restait jusqu’à ce jour absolument spécifique – Plus généralement employée sous l’appellation tronquée de « métagraphie », l’éco-métagraphie est la discipline considérant l’art métagraphique comme une branche de l’économie, et son œuvre comme un simple bien échangé pour d’autres biens dans un circuit intégral de marchandises – Notre but était de la rendre volatile et d’élargir son champ par la volonté même de l’image, et non par un caprice expérimental.

Le terrain envisagé pour la première expérience fut plat et caractérisé par l’absence de corps supra-naturels (ces deux conditions ne devront évidemment jamais être absolues). Le problème du jeu de l’ombre et de la lumière, base de toute métagraphie tridimensionnelle, se pose immédiatement ; la luminosité employée à cet effet doit être intensive et soutenue. Le premier écueil réside donc dans la captation des polarisants ; il peut être résolu par le procédé de l’héliographie qui permet d’obtenir, à certaines heures et suivant le méridien, une amplitude normalisée suffisamment vaste, et à partir de laquelle on peut effectuer avec satisfaction une première simplification des éléments.

Pour plus de compréhension de ce qui va suivre, je prendrai une amplitude étalon normalisée de (10) (15). Imaginant que dans ce premier cas la normalisation soit réalisée par un moyen artificiel plus maniable (infra-rouge surpuissant, ultra-violet, etc.), j’obtiens après simplification des éléments un plan polarisé de 150 m2. D’ores et déja je peux intégrer les clefs sensorielles correspondantes à la structure géologique, que j’appellerai pour l’exemple qui nous intéresse structure « sculptographique ». La sculptographie est évidemment le travail le plus intéressant, mais aussi le plus délicat. Chaque élément nouveau inséré devra répondre parfaitement à la projection que l’on désire obtenir : ombre portée ou image. Ils doivent être absolument indépendants entre eux, le premier du second, le troisième du quatrième, et ainsi de suite jusqu’à concurrence de six, maximum que peut supporter une surface de 150 m2.

Ce nombre de six clefs sensorielles n’est pas choisi au hasard, les différentes expériences qui motivèrent ce choix, je le rappelle, furent réalisées par le procédé de l’héliographie, donc en plein air ; procédant sous abri, l’on doit tenir compte d’une atténuation de 30 % ce qui représente environ 72 à 75 décibels. Une amplification appréciable ne pouvant déja être envisagée, on a intérêt à travailler sous une polarisation réduite, afin que la diminution de l’amplification aux fréquences élevées ne soit pas trop grande. (Le néon ordinaire doit pouvoir amplifier uniformément toutes les fréquences). Il est donc normal de calculer la hauteur des normalisateurs en fonction de la surface polarisée.

Cette première partie ou « période intentionnelle » terminée, la créativité multiplicatrice sera réalisée comme habituellement sur l’éco-métagraphie primaire plane, en tenant évidemment compte de sa nouvelle trivalence.

Dans un prochain numéro de Potlatch j’entreprendrai les révolutions économiques qu’entraînent la découverte et l’évolution de la métagraphie libérée ou tridimensionnelle.

Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier langage, avec 71 autres.

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LES FELLAGHAS PARTOUT

1 min

Il y a quelques jours la presse révélait que sur le corps d’un chef terroriste abattu dans l’Aurès on avait trouvé deux mandats envoyés de France, d’une valeur totale de un million.

La semaine dernière, deux ouvriers originaires de Batna devaient quitter l’usine parisienne qui les employait, après qu’on les eut accusés de financer les rebelles en campagne par des mandats qu’ils expédiaient dans leur pays.

Quand on sait que presque tous les algériens qui travaillent en France font vivre sur leur salaire les familles qu’ils laissent en Algérie (en réalité, c’est pour cela qu’ils ont dû venir en France) on se rend compte de l’utilité d’une telle provocation, applicable en tous lieux contre les éléments suspects à la direction.

Nos camarades algériens devront signaler autour d’eux cette manœuvre, dont la surprise parait être la principale condition de succès.

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ÔTE TA MOUSTACHE ON T’A RECONNU

1 min

Extraits du sermon Sur Saint-Just, paru dans la Nouvelle-nouvelle Revue Française de janvier, sous la signature du Nouveau-nouveau Malraux.

« ... la légende française aime les soldats... Sans doute la présence de Saint-Just dans quelques mémoires tient-elle à celle des soldats de l’an II dans toutes les autres.

« Il veut créer des institutions pour former des hommes, et des hommes pour vouloir des lois dignes d’eux. Que l’on cesse d’étudier de telles institutions au nom du bonheur, et plus encore de la raison – entre le système métrique et les réformes du Code Civil – leur vraie nature se révèle ; elles sont la règle d’un immense couvent, où la cocarde remplace la croix... le laconisme qu’il veut imposer est celui des Ordres.

« Il appelle institutions les moyens de former cette conscience, qui n’est pas seulement celle de la justice, quoi qu’il en dise. Il croyait les trouver à Sparte ; il les eût trouvés dans l’Église.

« ... les forces de Saint-Just se conjuguent pour découvrir dans la confusion des événements l’étoile fixe qu’il appelle République. Napoléon l’appellera la sienne ; Lénine, le prolétariat ; Gandhi, l’Inde ; le général de Gaulle, la France. »

Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier urbanisme, avec 79 autres.

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QUART DE FINALE

1 min

À l’appui d’une réalité quotidienne déprimante au point que l’on sait, la bourgeoisie exploite deux ou trois industries d’évasion utiles au système. Le western, le scoutisme et le reportage exotique recrutent pour les mêmes Corps Expéditionnaires.

Au dessus de ces évasions de consommation courante, des amuseurs de première grandeur produisent, avec le cachet d’individualité du travail artisanal, du confusionnisme pour élites instruites. Les meilleurs sont assurés d’appartenir à l’histoire de leur « civilisation », s’ils s’identifient parfaitement à ce moment dont ils assument la défense.

On peut parler d’une sorte de championnat inter-polices.

Après diverses tentatives Malraux-Capital-Travail, Malraux-l’Express, en réussissant à comparer Saint-Just à Mahomet six fois en vingt-et-une pages, vient d’établir solidement son titre de mameluck du vingtième siècle.

Mais les carottes sont cuites. Cette fois, Cocteau gagne.

pour l’Internationale lettriste :
Michèle Bernstein, Dahou, Debord, Gil J Wolman.

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QUELQUES FORMES QUE PRENDRA LA DÉRIVE

Véra · 1 min

Elle doit être :

a) dans le temps – constante, lucide ; influentielle et surtout énormément fugitive.

b) dans l’espace – désintéressée, sociale, toujours passionnante.

Peut s’effectuer à l’état latent, mais toujours les déplacements la favorisent.

En aucun cas elle ne doit être équivoque.

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TROIS PETITS TOURS ET PUIS S’EN VONT...

Léonard Rankine · 2 min

La démission du dauphin de Staline a plongé les Occidentaux dans la stupeur. Stupeur feinte, il est vrai, car il n’est sans doute pas un seul homme politique responsable (?) des pays capitalistes pour ne pas admettre implicitement que la chute de Malenkov se trouvait rendue inévitable à la suite des dernières élucubrations de la politique du Pentagone. La ratification des accords de Paris et les préparatifs loufoques d’aide au boyard attardé de Formose, voilà autant de causes réelles à l’actuel raidissement soviétique, à l’apparent « retour à Staline » annoncé par Krouchtchev au Soviet de l’U.R.S.S. En bon Talleyrand de la révolution d’Octobre, le larbin n° 1 Molotov n’a fait que renchérir à l’oscillation du pendule de la politique soviétique. Avant de s’étonner, nos innocents partisans du réarmement allemand auraient mieux à faire en reconnaissant que la discussion avec l’Est est maintenant, de nouveau, compromise par leur sottise criminelle. Quand donc comprendra-t-on qu’il existe chez les Russes – et avant toute présupposition révolutionnaire, hélas – une crainte permanente de l’Occident ? Et le tournant amorcé par Krouchtchev ne manifeste, une fois de plus, que cette inquiétude – tout compte fait légitime, mais nuisible à la révolution même – que la politique de Staline, politique à l’échelle de cette réaction psychologique primaire, avait traduite avec tant de force, d’application rusée et naïve à la fois.

Néanmoins, la démission de Malenkov, si elle s’inscrit logiquement dans la longue suite des tournants du régime orchestrés en fonction de cette crainte, porte préjudice avant tout aux intérêts révolutionnaires du prolétariat mondial. Si le président du conseil russe est amené à se déclarer « incompétent », on se demande comment le sens critique des travailleurs doit être envisagé et quelle conclusion en tireront – ne disons pas les mercenaires de la philosophie bourgeoise du type Toynbee ou R. Aron – mais les marxistes authentiques. L’état actuel de la direction du mouvement révolutionnaire est tel que bien peu d’entre eux, sans doute, admettront encore la possibilité de perspectives révolutionnaires confiées à l’appréciation de gens aussi peu qualifiés que Malenkov, Krouchtchev et consorts, ces staliniens sans Staline c’est-à-dire sans le mythe de la force. Il n’est pas de plus cinglant démenti du « niveau idéologique révolutionnaire » des staliniens, de leur prétendue « fidélité à Lénine » que la pitoyable confusion des maîtres actuels du Kremlin.

Où donc sont les révolutionnaires ? D’aucuns, déjà, prétendent à la « nouvelle gauche non-marxiste », piège usé de la réaction style « capitalisme évolué ». Mais le moment est venu pour les marxistes de choisir entre les palinodies de Moscou et la voie difficile mais seule authentique, les perspectives de la critique réelle.

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UN MEDIUM À L’EAU DE VICHY

1 min

La revue surréaliste, métapsychique et Abellio-occultiste Médium, après sept mois d’un silence que l’on pouvait espérer définitif, vient de publier son numéro 4. Dédé-les-Amourettes et ses douze derniers apôtres y mettent à l’index Max Ernst, coupable d’avoir vendu à la Biennale de Venise la peinture même qu’ils essaient plus moralement de refiler aux américains dans les galeries peu connues de la rive gauche.

On vérifie une fois de plus que quand on touche à leur seul commerce ces habitués de toutes les compromissions deviennent farouches : ils paraissent croire que des « milieux indépendants » nourriraient des illusions à leur propos. Ils s’inquiètent même de laisser « désorienter la jeunesse ».

Le plus sot, celui qui définit généralement la curieuse position politique de la bande, commente avec sympathie le dernier gouvernement. Le génie du contre-sens que nous avons déjà décelé chez ce personnage lui inspire de comparer le prolétariat évolué de 1848 au sous-prolétariat dégradé d’aujourd’hui « pour lequel les préoccupations alimentaires et le problème du logement tiennent plus de place que les virtualités révolutionnaires ». On peut en déduire qu’il ne sait rien de Juin 1848, de Marx, du prolétariat.

Mieux encore, le même conclut de « l’expérience Mendès » que les divers éléments du capitalisme international, ou les factions qui le représentent à l’échelle nationale sont plus occupés de leurs luttes intestines que d’un combat contre le monde prolétarien. On peut en déduire que ce professionnel de l’anti-communisme ne sait rien de Staline, dont il reproduit bêtement la plus fausse et la plus funeste théorie.

Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier idéologie, avec 67 autres.

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LA VALEUR ÉDUCATIVE

1 min

(suite)

Voix 4 : D’ailleurs, des renforts – parachutistes, gendarmes, C.R.S., aviation – continuent d’être répartis aux points névralgiques, prêts à participer aux opérations d’assainissement dont M. Jacques Chevallier, secrétaire d’État à la Guerre, a dit hier qu’elles pourraient demander beaucoup de temps et d’hommes.

Voix 2 (jeune fille) : Hélas ! Chacun, en Grande-Bretagne, sait que la princesse – pour des raisons d’État – ne peut s’habiller chez les couturiers français. Voici cinq ans, elle acheta plusieurs robes chez Dior. Cela provoqua un véritable scandale.

Voix 1 : De quelque illusion, de quelques conventions que la royauté s’enveloppe, elle est un crime éternel contre lequel tout homme a le droit de s’élever et de s’armer ; elle est un de ces attentats que l’aveuglement même de tout un peuple ne saurait justifier.

Voix 4 : Aucun profit matériel n’attirait les hommes dans les régions polaires, mais seulement le désir désintéressé de connaître toute la terre. À force d’énergie, ils ont atteint les deux pôles.

Voix 3 : Il ne restait plus qu’à étudier l’intérieur des continents dont on connaissait les contours.

Voix 1 : Les fruits, les fleurs poussent à profusion, et au milieu de cette nature splendide les indigènes se laissent vivre nonchalamment.

Voix 4 : Les fellaghas ? Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? – Des cadres tunisiens ? On l’a dit… Et tripolitains ? Mais qu’ils bénéficient maintenant du recrutement local, ce n’est pas douteux. La plupart portent un semblant d’uniforme kaki.

Voix 1 : Ils aiment les jeux, les chants, la danse, et reçoivent les étrangers avec une hospitalité généreuse. Mais ils sont aussi de hardis, de remarquables navigateurs.

Voix 3 : Nous avons la situation bien en main, affirme le Gouverneur Général. On ne peut point régner innocemment.

(à suivre)

Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier marchandise, avec 79 autres.

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Potlatch – rédacteur en chef : M. Dahou, 32 rue de la Montagne-Geneviève Paris 5e