Thèse 147 · chapitre VI, Le temps spectaculaire
Thèse 147 de La Société du spectacle
« Le temps de la production, le temps-marchandise, est une accumulation infinie d’intervalles équivalents. C’est l’abstraction du temps irréversible, dont tous les segments doivent prouver sur le chronomètre leur seule égalité quantitative. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 147. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
Le chapitre VI commence par le temps de la production. Le temps-marchandise est une accumulation infinie d'intervalles équivalents : c'est l'abstraction du temps irréversible, dont tous les segments doivent prouver sur le chronomètre leur seule égalité quantitative. Ce temps est, dans toute sa réalité effective, ce qu'il est dans son caractère échangeable — une marchandise comme les autres, dont on ne retient que la mesure. C'est dans cette domination sociale du temps-marchandise que « le temps est tout, l'homme n'est rien ; il est tout au plus la carcasse du temps ».
II D'où elle vient
La dernière formule est de Marx, dans Misère de la philosophie, à propos du temps de travail comme mesure de la valeur ; Debord la cite entre guillemets. L'analyse prolonge celle de Lukács sur la rationalisation du temps de travail — le chronomètre de Taylor comme réification du temps vécu — et prépare l'idée que le loisir lui-même sera vendu comme du temps équivalent.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 152 décrira la vente de blocs de temps « tout équipés », vacances et loisirs ; la 153 nommera le temps spectaculaire ; la 154 dira que cette époque est sans fête.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier marchandise, avec 37 autres.
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