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Potlatch Libre

Numéro 7 3 août 1954

Bulletin d’information du groupe français de l’Internationale lettriste. — Paraît tous les mardis.

6 textes · 884 mots · 4 min de lecture · texte de l’édition Le Bail, collationné à l’image du fac-similé de la Beinecke, relu deux fois

« ... UNE IDÉE NEUVE EN EUROPE. »

2 min

Le vrai problème révolutionnaire est celui des loisirs. Les interdits économiques et leurs corollaires moraux seront de toute façon détruits et dépassés bientôt. L’organisation des loisirs, l’organisation de la liberté d’une foule, un peu moins astreinte au travail continu, est déja une nécessité pour l’État capitaliste comme pour ses successeurs marxistes. Partout on s’est borné à l’abrutissement obligatoire des stades ou des programmes télévisés.

C’est surtout à ce propos que nous devons dénoncer la condition immorale que l’on nous impose, l’état de misère.

Après quelques années passées à ne rien faire au sens commun du terme, nous pouvons parler de notre attitude sociale d’avant-garde, puisque dans une société encore provisoirement fondée sur la production nous n’avons voulu nous préoccuper sérieusement que des loisirs.

Si cette question n’est pas ouvertement posée avant l’écroulement de l’exploitation économique actuelle, le changement n’est qu’une dérision. La nouvelle société qui reprend les buts d’existence de l’ancienne, faute d’avoir reconnu et imposé un désir nouveau, c’est là le courant vraiment utopique du Socialisme.

Une seule entreprise nous paraît digne de considération : c’est la mise au point d’un divertissement intégral.

L’aventurier est celui qui fait arriver les aventures, plus que celui à qui les aventures arrivent.

La construction de situations sera la réalisation continue d’un grand jeu délibérément choisi ; le passage de l’un à l’autre de ces décors et de ces conflits dont les personnages d’une tragédie mouraient en vingt-quatre heures. Mais le temps de vivre ne manquera plus.

À cette synthèse devront concourir une critique du comportement, un urbanisme influentiel, une technique des ambiances et des rapports, dont nous connaissons les premiers principes.

Il faudra réinventer en permanence l’attraction souveraine que Charles Fourier désignait dans le libre jeu des passions.

pour l’Internationale lettriste :
Michèle I. Bernstein, André-Frank Conord, Mohamed Dahou,
Guy-Ernest Debord, Jacques Fillon, Véra, Gil J Wolman.

Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier lettriste, avec 40 autres.

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LA MEILLEURE NOUVELLE DE LA SEMAINE

1 min

Washington, 29 juillet (A.F.P.). – Dans une allocution prononcée à l’occasion d’un congrès religieux, M. Richard Nixon, vice-président des États-Unis, a déclaré qu’il pensait que ceux qui s’imaginaient qu’un « bol plein de riz » pourrait empêcher les peuples d’Asie de se tourner vers le communisme « se trompaient lourdement ».

« Le bien-être économique est important », a poursuivi le président, « mais affirmer que l’on peut gagner les peuples de l’Asie à notre cause en relevant leur niveau de vie est un mensonge et une calomnie. Ce sont des peuples fiers qui possèdent un grand passé historique ».

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DRÔLE DE VIE

1 min

Sous le titre de « Drôle d’exposition », une feuille de province nommée Nice-Matin révèle, à propos de la manifestation métagraphique de l’Internationale lettriste à la galerie du Double Doute, que « cette nouvelle forme artistique n’est pas gratuite puisqu’elle se propose de conditionner les sentiments et les gestes des spectateurs. »

Puisqu’on nous en fait le reproche, il faut bien admettre qu’en effet il n’existe pas de différence essentielle entre une métagraphie et un quotidien d’information.

Tout au plus peut-on se demander au service de quelle propagande les uns et les autres entreprennent de « conditionner les sentiments et les gestes. »

L’exposition de la Galerie du Double Doute ne nous semble pas plus « insolite » ni plus « bizarre » que les conditions d’existence dont certains s’accomodent. Il se trouve des gens pour acheter la feuille de province – pauvrement réactionnaire – nommée Nice-Matin. Et d’autres pour y travailler.

Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier langage, avec 71 autres.

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LES GRANDES VICTOIRES DE LA FRANCE

1 min

Mlle Geneviève de Galard a soutenu avec brio ce qui fut sans doute la seconde grande épreuve de son existence. Elle a séduit les Américains...

Après tout, on pouvait redouter le pire...

« Mademoiselle Geneviève », « the angel » n’avait pas besoin d’être « éclairée » ou préparée. Elle trouva d’elle-même les réponses qui venaient du cœur...

Lorsqu’elle déclara que Dien-Bien-Phu avait montré que « la France avait une âme et que les Français continuaient de se battre pour l’honneur », il y eut des larmes dans les yeux des Américains...

Ce fut le triomphe de la simplicité et de la gentillesse...

... Geneviève reste trés à son aise, gardant son allure de jeune fille de bonne famille et de solide cheftaine au regard clair. L’épreuve la plus dure qu’elle eut à connaître hier fut de donner environ deux mille poignées de main...

Trés certainement le voyage de Mlle de Galard a brillamment servi la cause de la France ici.

(Du correspondant particulier du Monde.
Washington, 29 juillet)

Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier marchandise, avec 79 autres.

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LES MALHEURS D’IVICH

1 min

La littérature clandestine a ses servitudes. De fâcheux bourdons altéraient le sens de l’article d’A.-F. Conord publié dans le n° 6 de potlatch : « Délimitation du mythe ».

Nos lecteurs auront naturellement rectifié d’eux-mêmes.

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ON DÉTRUIT LA RUE SAUVAGE

1 min

Un des plus beaux sites spontanément psychogéographiques de Paris est actuellement en voie de disparition :

La rue Sauvage, dans le XIIIe arrondissement, qui présentait la plus bouleversante perspective nocturne de la capitale, placée entre les voies ferrées de la gare d’Austerlitz et un quartier de terrains vagues au bord de la Seine (rue Fulton, rue Bellièvre) est – depuis l’hiver dernier – encadrée de quelques unes de ces constructions débilitantes que l’on aligne dans nos banlieues pour loger les gens tristes.

Nous déplorons la disparition d’une artère peu connue, et cependant plus vivante que les Champs-Élysées et leurs lumières.

Nous ne sommes pas attachés au charme des ruines. Mais les casernes civiles qui s’élèvent à leur place ont une laideur gratuite qui appelle les dynamiteurs.

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Potlatch : rédacteur en chef : André-Frank Conord 15 rue Duguay-Trouin Paris 6e