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Thèse 88 · chapitre IV, Le prolétariat comme sujet et comme représentation

Thèse 88 de La Société du spectacle

« La bourgeoisie est venue au pouvoir parce qu’elle est la classe de l’économie en développement. Le prolétariat ne peut être lui-même le pouvoir qu’en devenant la classe de la conscience. »

Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 88. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.

I Ce qu'elle pose

La conclusion de la thèse précédente, en une opposition nette. La bourgeoisie est venue au pouvoir parce qu'elle est la classe de l'économie en développement : elle a d'abord conquis la production, et le pouvoir politique a suivi. Le prolétariat ne peut être lui-même le pouvoir qu'en devenant la classe de la conscience. Il n'a rien à développer d'abord qui lui donnerait ensuite le pouvoir ; ce qu'il lui faut, c'est se reconnaître comme ce qu'il est — et la thèse ajoute que la maturation des forces productives ne peut garantir un tel pouvoir, même par le détour de la dépossession accrue qu'elle amène.

II D'où elle vient

L'idée que le prolétariat est la classe de la conscience vient de Lukács, Histoire et conscience de classe (1923), où la conscience de classe du prolétariat est la condition et non le reflet de la révolution ; Debord la reprend contre le déterminisme économique, mais aussi contre Lukács lui-même, qui avait confié cette conscience au parti. Chez Debord, elle ne peut être portée que par les conseils.

III Ce qu'elle ouvre

La thèse 89 poursuivra sur la prise du pouvoir d'État par la révolution bourgeoise, modèle qu'il ne faut pas suivre ; la thèse 114 donnera la définition élargie du prolétariat comme ceux qui ont perdu tout pouvoir sur l'emploi de leur vie « dès qu'ils le savent » — la conscience, encore.

Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier bureaucratie, avec 24 autres.

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