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Thèse 213 · chapitre IX, L'idéologie matérialisée

Thèse 213 de La Société du spectacle

« L’idéologie matérialisée est elle-même sans nom, comme elle est sans programme historique énonçable. Ceci revient à dire que l’histoire des idéologies est finie. »

Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 213. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.

I Ce qu'elle pose

Quand l'idéologie, devenue absolue par la possession du pouvoir absolu, s'est changée d'une connaissance parcellaire en un mensonge totalitaire, la pensée de l'histoire a été si parfaitement anéantie que l'histoire elle-même, au niveau de la connaissance la plus empirique, ne peut plus exister. Mais l'idéologie matérialisée est elle-même sans nom, comme elle est sans programme historique énonçable. Ceci revient à dire que l'histoire des idéologies est finie. On ne peut plus lutter contre une idéologie en la nommant — libéralisme, stalinisme, fascisme — parce que la dernière ne se présente plus comme une doctrine mais comme le monde lui-même, sans auteur et sans thèse.

II D'où elle vient

La première phrase vise le stalinisme, « mensonge totalitaire » ; la seconde va plus loin et vise l'Occident de l'abondance, où l'idéologie n'a plus besoin de doctrine. The End of Ideology, la fin des idéologies, était le titre d'un livre de Daniel Bell (1960) et un thème de la sociologie de l'époque, qui y voyait le règne du pragmatisme : Debord retourne la thèse — les idéologies ont fini parce que l'idéologie a gagné.

III Ce qu'elle ouvre

La thèse 216 donne la forme philosophique de cette victoire : le matérialisme contemplatif accompli. Les Commentaires de 1988 diront que le spectaculaire intégré n'a même plus besoin de se nommer, ni de répondre à qui que ce soit.

Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier marchandise, avec 37 autres.

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