Thèse 217 · chapitre IX, L'idéologie matérialisée
Thèse 217 de La Société du spectacle
« Dans une société où personne ne peut plus être reconnu par les autres, chaque individu devient incapable de reconnaître sa propre réalité. L’idéologie est chez elle ; la séparation a bâti son monde. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 217. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
Le parallèle entre l'idéologie et la schizophrénie, établi par Gabel dans La Fausse Conscience, doit être placé dans ce processus économique de matérialisation de l'idéologie. Ce que l'idéologie était déjà, la société l'est devenue : la désinsertion de la pratique, et la fausse conscience anti-dialectique qui l'accompagne, voilà ce qui est imposé à toute heure de la vie quotidienne soumise au spectacle. Dans une société où personne ne peut plus être reconnu par les autres, chaque individu devient incapable de reconnaître sa propre réalité. L'idéologie est chez elle ; la séparation a bâti son monde.
II D'où elle vient
Joseph Gabel, La Fausse Conscience (1962), avait rapproché la pensée idéologique — figée, spatialisée, coupée du temps — de la pensée schizophrène ; Debord retient le parallèle et l'explique par le spectacle. « Être reconnu par les autres » renvoie à la dialectique hégélienne de la reconnaissance, en exergue du chapitre : une conscience n'existe que reconnue par une autre, et le spectacle est la société où cette reconnaissance est remplacée par l'identification aux images. « La séparation a bâti son monde » ferme la boucle ouverte à la thèse 25.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 218 décrit cette conscience spectatrice, qui ne connaît plus que des interlocuteurs fictifs ; la 219 et la 220 diront ce que fait la critique qui veut sortir de là — et qu'elle doit savoir attendre.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier langage, avec 34 autres.
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