Thèse 220 · chapitre IX, L'idéologie matérialisée
Thèse 220 de La Société du spectacle
« Par là le délire s’est reconstitué dans la position même qui prétend le combattre. Au contraire, la critique qui va au-delà du spectacle doit savoir attendre. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 220. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
La thèse fixe une règle de conduite à la critique. Puisque la fausse conscience ne peut pas se connaître vraiment elle-même, la recherche de la vérité sur le spectacle doit être vraie jusque dans sa pratique : combattre aux côtés de ceux qui refusent le spectacle sans compromis, et consentir à manquer partout où eux-mêmes manquent. L'impatience de l'efficacité immédiate, qui se jette dans le réformisme ou dans des alliances avec les restes de faux mouvements révolutionnaires, obéit en réalité aux lois de la pensée dominante, et d'abord au culte de l'actualité. La fin de la thèse, donnée en citation, en tire la leçon. C'est l'une des thèses les moins spectaculaires du livre, et l'une des plus debordiennes : la patience comme vertu révolutionnaire.
II D'où elle vient
La thèse vise l'agitation de son temps, l'activisme qui se donne en spectacle. Le souci de ne pas engager la lutte sur le terrain et au moment choisis par l'adversaire annonce l'intérêt de Debord pour la stratégie, qui ira jusqu'au Jeu de la guerre. Le chapitre VI a pour exergue Gracián, l'auteur de L'Homme de cour, dont les maximes font de l'attente une prudence ; le rapprochement est tentant, mais la thèse ne le fait pas.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 221, la dernière, donne le nom de ce qu'on attend : l'auto-émancipation de l'époque, qui défait les conditions matérielles de la vérité renversée. La Véritable Scission, en 1972, accompagnera la fin de l'Internationale situationniste, et l'on peut y lire la même règle appliquée à l'organisation elle-même.
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