Thèse 216 · chapitre IX, L'idéologie matérialisée
Thèse 216 de La Société du spectacle
« Le côté contemplatif du vieux matérialisme qui conçoit le monde comme représentation et non comme activité – et qui idéalise finalement la matière – est accompli dans le spectacle, où des choses concrètes sont automatiquement maîtresses de la vie sociale. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 216. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
Le spectacle est l'idéologie par excellence — et la thèse dit pourquoi en une histoire de la philosophie. Le côté contemplatif du vieux matérialisme, qui conçoit le monde comme représentation et non comme activité et qui idéalise finalement la matière, est accompli dans le spectacle, où des choses concrètes sont automatiquement maîtresses de la vie sociale. Réciproquement, l'activité rêvée de l'idéalisme s'accomplit également dans le spectacle, par la médiation technique de signes et de signaux qui finalement matérialisent un idéal abstrait. Les deux philosophies que Marx avait renvoyées dos à dos se retrouvent réalisées ensemble dans le monde des images.
II D'où elle vient
C'est la première thèse de Marx sur Feuerbach, presque mot pour mot : le défaut du vieux matérialisme est de concevoir l'objet sous la forme de l'objet ou de l'intuition, non comme activité, si bien que le côté actif a été développé par l'idéalisme, abstraitement. Debord ne réfute pas Marx : il montre que le spectacle a réalisé les deux défauts à la fois. La thèse 5 avait posé le spectacle comme vision du monde objectivée ; celle-ci en donne la généalogie.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 217 dira ce que cette réalisation fait à chacun : personne ne peut plus être reconnu par les autres ; la 218 décrira la conscience spectatrice prisonnière d'un univers aplati.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier surréalisme, avec 12 autres.
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