Thèse 218 · chapitre IX, L'idéologie matérialisée
Thèse 218 de La Société du spectacle
« La conscience spectatrice, prisonnière d’un univers aplati, borné par l’écran du spectacle, derrière lequel sa propre vie a été déportée, ne connaît plus que les interlocuteurs fictifs qui l’entretiennent unilatéralement de leur marchandise et de la politique de leur marchandise. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 218. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
La thèse s'ouvre sur une phrase de Gabel : dans la schizophrénie, la perte du sens de la totalité, qui va jusqu'à la dissociation, et celle du devenir, qui va jusqu'à la catatonie, vont de pair. Debord applique ce double tableau au spectateur. Enfermé dans un monde sans épaisseur, dont l'écran marque la limite et derrière lequel sa vie a été transportée, il n'a plus affaire qu'à des interlocuteurs imaginaires qui lui parlent sans l'entendre, de leurs marchandises et de la politique qui va avec. Le spectacle entier est son miroir, et ce qu'on lui présente comme une sortie de l'isolement n'est que la mise en scène d'un autisme devenu général. Le spectateur parle à des images qui ne répondent pas, et prend ce monologue pour une relation.
II D'où elle vient
Le « signe du miroir » est un terme de la psychiatrie : le malade se contemple longuement dans un miroir. On le rattache d'ordinaire, avec l'autisme, au vocabulaire de La Fausse Conscience, citée à la thèse précédente. Le mot de déportation, dans la thèse, est fort et choisi : la vie n'est pas seulement éloignée, elle a été transférée de force derrière l'écran. La thèse 30 avait dit que le spectateur n'est nulle part chez lui ; celle-ci dit où il est.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 219 poursuivra sur le vrai et le faux qui se confondent, et sur une communication que rien ne vient répondre ; la 220 sur la critique qui veut dépasser le spectacle et doit savoir attendre ; la 221 sur l'auto-émancipation de l'époque.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier langage, avec 71 autres.
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