Thèse 105 · chapitre IV, Le prolétariat comme sujet et comme représentation
Thèse 105 de La Société du spectacle
« L’idéologie qui se matérialise ici n’a pas transformé économiquement le monde, comme le capitalisme parvenu au stade de l’abondance ; elle a seulement transformé policièrement la perception. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 105. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
La thèse porte sur le stalinisme, ou plutôt sur ce que Debord appelle la classe bureaucratique et son spectacle. L'idéologie qui se matérialise dans la Russie bureaucratique n'a pas transformé économiquement le monde comme le capitalisme parvenu au stade de l'abondance ; elle a seulement transformé policièrement la perception. La thèse décrit la bureaucratie comme une classe qui doit sans cesse mentir sur son origine et sur sa nature, et dont le pouvoir absolu sur le récit — la falsification de l'histoire, la police de la pensée — est la forme même de son règne : le spectaculaire concentré.
II D'où elle vient
L'analyse vient de la critique de gauche du stalinisme, de Trotsky à Socialisme ou Barbarie, mais Debord la reformule dans les termes du spectacle : le mensonge bureaucratique n'est pas une déformation de la vérité, c'est une idéologie devenue chose, une « idéologie matérialisée » — l'expression sera le titre du chapitre IX. « Transformé policièrement la perception » répond à Marx : les philosophes ont interprété le monde, la bureaucratie l'a fait interpréter par la police.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 64 avait dit que là où domine le spectaculaire concentré domine aussi la police ; le chapitre IX, thèse 212 et suivantes, généralisera l'idéologie matérialisée à toute la société du spectacle. Les Commentaires de 1988 verront ces traits passer dans le spectaculaire intégré.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier bureaucratie, avec 24 autres.
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