Thèse 36 · chapitre II, La marchandise comme spectacle
Thèse 36 de La Société du spectacle
Le principe est nommé, et il vient de Marx :
« C’est le principe du fétichisme de la marchandise, la domination de la société par « des choses suprasensibles bien que sensibles », qui s’accomplit absolument dans le spectacle »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 36. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
Le fétichisme de la marchandise — la domination de la société par des choses suprasensibles bien que sensibles — s'accomplit absolument dans le spectacle, où le monde sensible se trouve remplacé par une sélection d'images qui existe au-dessus de lui, et qui en même temps s'est fait reconnaître comme le sensible par excellence. Autrement dit : ce que Marx décrivait comme une illusion nécessaire de l'échange, Debord le voit devenu le monde entier. Les choses ne se contentent plus de cacher les rapports sociaux qu'elles portent ; elles se sont mises à la place du monde qu'on voit.
II D'où elle vient
« Choses suprasensibles bien que sensibles » est encore la formule de Marx, au chapitre du fétichisme, pour dire ce qu'est une marchandise : un objet qu'on peut toucher et qui pourtant vaut par une propriété qu'aucun sens ne perçoit, sa valeur. Debord ajoute l'image : ce qui était suprasensible s'est fait sensible, c'est-à-dire visible, et c'est ce qu'il appelle spectacle. Lukács avait fait le même chemin sous le nom de réification ; Debord le mène à son bout.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 37 poursuivra sur le monde présent et absent que le spectacle donne à voir ; le chapitre IX, à la thèse 216, dira que le vieux matérialisme contemplatif est accompli dans le spectacle, où des choses concrètes sont maîtresses de la vie sociale.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier marchandise, avec 37 autres.
Sur la Place publique les fils des lecteurs sur ce texte