Thèse 30 · chapitre I, La séparation achevée
Thèse 30 de La Société du spectacle
L'aliénation du spectateur au profit de l'objet contemplé s'exprime ainsi :
« … plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 30. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
La thèse du spectateur. Son aliénation au profit de ce qu'il contemple suit une loi simple : plus il contemple, moins il vit ; plus il se reconnaît dans les images du besoin que le spectacle lui propose, moins il comprend ce qu'il est et ce qu'il désire. L'extériorité du spectacle par rapport à l'homme agissant apparaît en ce que ses propres gestes ne sont plus à lui, mais à un autre qui les lui représente. C'est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout.
II D'où elle vient
La construction en « plus… moins » est celle des Manuscrits de 1844 de Marx, où l'ouvrier devient d'autant plus pauvre qu'il produit plus de richesse, et où le travail apparaît comme extérieur à lui. Debord transpose mot pour mot le schéma de l'aliénation du travail à la contemplation : le spectateur est à l'image ce que l'ouvrier est au produit. La phrase sur celui qui ne se sent chez lui nulle part vient de la même page de Marx, où l'ouvrier ne se sent chez lui que hors du travail.
III Ce qu'elle ouvre
C'est la thèse que la sociologie des médias n'a jamais pu absorber, parce qu'elle ne parle pas d'effets mais d'aliénation. La thèse 34 fermera le chapitre : le spectacle est le capital devenu image, et l'aliénation du spectateur est donc celle du capital.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier marchandise, avec 37 autres.
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