Thèse 25 · chapitre I, La séparation achevée
Thèse 25 de La Société du spectacle
« La séparation est l’alpha et l’oméga du spectacle. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 25. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
La thèse fait de la séparation le principe premier et dernier du spectacle, puis en retrace l'histoire. Quand la division du travail s'est fixée en institutions et que les classes se sont formées, une première contemplation sacrée est née : le mythe qui enveloppe tout pouvoir, qui donne à l'ordre des maîtres l'allure d'un ordre du monde et embellit ce que la société est incapable de faire. Chaque pouvoir détaché de la société a donc eu son spectacle ; mais on y adhérait comme au complément imaginaire d'une vie pauvre, encore vécue en commun. Le spectacle moderne, lui, montre ce que la société pourrait faire, et y oppose ce qui est permis. Il maintient l'inconscience alors même que les conditions de vie changent, se donne à lui-même ses règles — un faux sacré —, et affiche la puissance séparée qui grandit par l'émiettement des gestes, les machines et un marché toujours plus vaste.
II D'où elle vient
L'histoire ici résumée rejoint celle que Marx et Engels esquissent dans L'Idéologie allemande : la division du travail, puis l'apparition de la religion et de l'État comme puissances séparées. La formule de l'alpha et de l'oméga vient de l'Apocalypse, où Dieu se dit le commencement et la fin ; Debord la prête à ce qui a pris sa place.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 26 en tirera la conclusion économique : le système de la séparation réussit en faisant du monde entier un monde de prolétaires. Au dernier chapitre, la thèse 217 montrera ce que devient cette séparation quand l'idéologie s'est faite société.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier idéologie, avec 67 autres.
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