Thèse 18 · chapitre I, La séparation achevée
Thèse 18 de La Société du spectacle
« Il est le contraire du dialogue. Partout où il y a représentation indépendante, le spectacle se reconstitue. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 18. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
La thèse commence par un chiasme : quand le monde se réduit à des images, les images prennent la consistance d'êtres et deviennent les ressorts d'une conduite comme hypnotisée. Puis elle cherche le sens qui correspond au spectacle. Puisque le monde ne se laisse plus saisir directement et qu'il faut des intermédiaires spécialisés pour le faire voir, c'est la vue qui l'emporte, comme le toucher l'avait emporté en d'autres temps : le plus abstrait des sens, et le plus facile à tromper, pour une société elle-même abstraite. Mais Debord se reprend aussitôt : le spectacle ne se confond pas avec le regard, ni avec l'écoute. Il désigne ce qui se soustrait à l'action des hommes, ce qu'ils ne peuvent plus reprendre ni corriger dans ce qu'ils ont fait.
II D'où elle vient
L'opposition entre le spectacle et le dialogue court dans tout le travail de l'Internationale situationniste, qui voulait des situations construites par ceux qui les vivent, et non des œuvres reçues par un public. Le cinéma et la télévision sont des dispositifs à sens unique. La seconde phrase de la citation étend la critique aux représentations politiques : c'est l'annonce du chapitre IV, où le parti ouvrier devenu indépendant de sa classe est lui aussi spectacle.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 24 dira que le spectacle est un monologue. Le chapitre IV, à partir de la thèse 73, appliquera cette phrase au mouvement ouvrier : la représentation qui se rend indépendante reconstitue le pouvoir séparé qu'elle prétendait combattre.
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