Thèse 169 · chapitre VII, L'aménagement du territoire
Thèse 169 de La Société du spectacle
« L’urbanisme est cette prise de possession de l’environnement naturel et humain par le capitalisme qui, se développant logiquement en domination absolue, peut et doit maintenant refaire la totalité de l’espace comme son propre décor. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 169. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
La définition du chapitre. L'urbanisme est cette prise de possession de l'environnement naturel et humain par le capitalisme qui, se développant logiquement en domination absolue, peut et doit maintenant refaire la totalité de l'espace comme son propre décor. Le mot « décor » dit tout : l'espace n'est plus un milieu où l'on vit mais une scène où l'on est placé, et cette scène est construite par l'économie pour les besoins de l'économie. L'urbanisme n'est donc pas une technique neutre d'organisation des villes, c'est la forme spatiale du spectacle.
II D'où elle vient
La thèse condense dix ans de critique situationniste de l'urbanisme — le « Formulaire pour un urbanisme nouveau » de Gilles Ivain dans le n° 1 de la revue, les textes de Constant, les attaques contre Le Corbusier et les grands ensembles. L'urbanisme unitaire des premières années en était le contre-projet ; en 1967, Debord ne garde que la critique, et le mot « décor » vient de la thèse 6 : le spectacle n'est pas un supplément au monde, il en est le cœur.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 170 dira que l'urbanisme, glaciation visible de la vie, est aussi la technique de la séparation ; la 172 en donnera la fonction de classe ; la 179 opposera la reconstruction du territoire par les conseils de travailleurs.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier urbanisme, avec 34 autres.
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