Thèse 172 · chapitre VII, L'aménagement du territoire
Thèse 172 de La Société du spectacle
« L’urbanisme est l’accomplissement moderne de la tâche ininterrompue qui sauvegarde le pouvoir de classe : le maintien de l’atomisation des travailleurs que les conditions urbaines de production avaient dangereusement rassemblés. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 172. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
La fonction politique de l'urbanisme, en une phrase. L'urbanisme est l'accomplissement moderne de la tâche ininterrompue qui sauvegarde le pouvoir de classe : le maintien de l'atomisation des travailleurs que les conditions urbaines de production avaient dangereusement rassemblés. La lutte constante qui a dû être menée contre tous les aspects de cette possibilité de rencontre trouve dans l'urbanisme son champ privilégié : l'effort de tous les pouvoirs établis, depuis les expériences de la Révolution française, pour accroître les moyens de maintenir l'ordre dans la rue, culmine dans la suppression de la rue.
II D'où elle vient
L'idée que la ville rassemble ceux que l'usine a réunis, et que le pouvoir doit défaire ce rassemblement, vient du Manifeste (la concentration des ouvriers fait leur force) et de l'histoire de Paris : les boulevards d'Haussmann, percés après 1848 pour que l'artillerie passe. Debord ajoute l'étape suivante — le grand ensemble et la banlieue, qui suppriment la rue elle-même. La thèse 29 trouve ici son application matérielle.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 174 décrira le moyen de cette dispersion, l'automobile et l'autoroute ; la 177 la banlieue-dortoir ; la 179 la reprise du territoire par ceux qu'on en a dispersés.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier urbanisme, avec 34 autres.
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