Thèse 157 · chapitre VI, Le temps spectaculaire
Thèse 157 de La Société du spectacle
« Ce vécu individuel de la vie quotidienne séparée reste sans langage, sans concept, sans accès critique à son propre passé qui n’est consigné nulle part. Il ne se communique pas. Il est incompris et oublié au profit de la fausse mémoire spectaculaire du non-mémorable. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 157. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
Le temps individuel, dans la société du spectacle, n'a pas d'histoire. Le vécu individuel de la vie quotidienne séparée reste sans langage, sans concept, sans accès critique à son propre passé qui n'est consigné nulle part : il ne se communique pas. Il est incompris et oublié au profit de la fausse mémoire spectaculaire du non-mémorable — l'actualité, les vedettes, les événements qu'on n'a pas vécus. La thèse fait la jonction entre le chapitre V, sur le temps historique, et la critique de la vie quotidienne : ce qui est refusé aux individus, c'est de faire de leur propre vie une histoire.
II D'où elle vient
Le vocabulaire est celui de la Critique de la vie quotidienne de Lefebvre, pour qui le quotidien est ce que les sciences et les institutions laissent sans mots ; Debord le reprend, mais y voit un effet du spectacle et non une nature du quotidien. La « fausse mémoire spectaculaire du non-mémorable » vise la presse et l'actualité : une mémoire collective faite de ce qui n'est arrivé à personne.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 158 généralise : le spectacle est l'organisation sociale présente de la paralysie de l'histoire et de la mémoire. La thèse 200, au chapitre VIII, reviendra sur les « pseudo-événements » : les hommes ne vivent pas eux-mêmes des événements.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier langage, avec 34 autres.
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