Thèse 153 · chapitre VI, Le temps spectaculaire
Thèse 153 de La Société du spectacle
« Le temps pseudo-cyclique consommable est le temps spectaculaire, à la fois comme temps de la consommation des images, au sens restreint, et comme image de la consommation du temps, dans toute son extension. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 153. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
C'est la définition du chapitre, et elle joue sur un double sens. Le temps spectaculaire est d'abord, au sens étroit, celui qu'on passe à regarder des images ; il est aussi, au sens large, le temps qu'on consomme présenté lui-même comme une image. Le premier sens a un chiffre : la société moderne court après les gains de temps, dans les transports comme dans la cuisine en sachet, et ce temps gagné finit, aux États-Unis, dans plusieurs heures de télévision par jour. Le second sens a un décor : les vacances et les loisirs, montrés de loin, désirables d'office, promis comme le moment où l'on vivra enfin et dont on attend le retour chaque année. La chute retourne la promesse : même dans ces instants réservés à l'existence véritable, le spectacle reste ce qu'on regarde et qu'on rejoue, plus intensément qu'ailleurs.
II D'où elle vient
La construction en chiasme — consommer des images, faire du temps consommé une image — est une signature du livre, qui procède ainsi dès ses premières thèses. On peut la lire contre l'optimisme de la sociologie des loisirs de ces années, qui voyait dans le temps libre une conquête ; la thèse ne nomme personne. Pour Debord, le temps libre est celui où la vie séparée continue sous la forme de son image.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 154 dira que cette époque qui s'offre sans cesse des festivités ne connaît plus la fête ; la 157 décrira le vécu individuel qui, dans ce temps, reste sans mots et sans mémoire. La 158 conclura le raisonnement en faisant du spectacle une conscience fausse du temps.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier marchandise, avec 79 autres.
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