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Thèse 200 · chapitre VIII, La négation et la consommation dans la culture

Thèse 200 de La Société du spectacle

« Boorstin ne comprend pas que la prolifération des « pseudo-événements » préfabriqués, qu’il dénonce, découle de ce simple fait que les hommes, dans la réalité massive de la vie sociale actuelle, ne vivent pas eux-mêmes des événements. »

Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 200. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.

I Ce qu'elle pose

Troisième charge contre Boorstin, après les thèses 198 et 199. Une sociologie qui isole la rationalité industrielle du reste de la vie finit par isoler aussi, dans l'industrie, les seules techniques de diffusion ; Boorstin explique alors le spectacle par une rencontre presque accidentelle entre trop de moyens de répandre des images et un goût excessif du public pour le sensationnel fabriqué. Autrement dit, il y aurait spectacle parce que l'homme moderne regarde trop. Debord renverse l'ordre des causes : les événements fabriqués prolifèrent parce que la vie réelle n'en offre plus, et l'on produit partout de la fausse histoire parce que l'histoire véritable hante la société comme un revenant et menace son immobilité. Boorstin déplore un excès d'images là où il faut voir un défaut de vie.

II D'où elle vient

L'Image de l'historien américain Daniel Boorstin décrivait la multiplication des pseudo-événements fabriqués pour la presse et la télévision. Les thèses 196 à 202 règlent leur compte à deux manières de penser le spectacle : une sociologie, surtout américaine, qui le décrit sans en saisir la cause, et le structuralisme, qui l'installe dans un présent sans histoire. L'argument rejoint la thèse 157 : un vécu individuel sans mémoire est le sol où prospèrent les événements fabriqués.

III Ce qu'elle ouvre

La thèse 203 tirera la conséquence : la théorie du spectacle ne vaut que comme moment d'une pratique, et les idées ne dépassent que des idées. La thèse 218 reviendra, au dernier chapitre, sur la conscience spectatrice qui ne connaît plus que des interlocuteurs fictifs.

Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier langage, avec 71 autres.

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