Thèse 154 · chapitre VI, Le temps spectaculaire
Thèse 154 de La Société du spectacle
« Cette époque, qui se montre à elle-même son temps comme étant essentiellement le retour précipité de multiples festivités, est également une époque sans fête. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 154. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
La thèse oppose la fête ancienne à ses imitations modernes. L'époque se raconte comme une succession accélérée de réjouissances, et c'est justement pourquoi elle n'en connaît plus aucune. Dans le temps cyclique, la fête était le moment où une communauté dépensait en commun, sans compter, une part de sa richesse ; une société qui n'a plus de communauté et ne connaît plus le luxe au sens de cette dépense ne peut que la mimer. Ses fêtes de série singent le dialogue et le don, poussent à acheter davantage, et laissent une déception qu'on compense en promettant la suivante. Debord conclut par un mouvement de balance : plus le temps de la survie perd sa valeur d'usage, plus il faut le vanter. À la place du temps vécu, il reste une réclame pour le temps.
II D'où elle vient
La fête comme dépense et comme communauté rappelle Bataille, et le don Mauss, que le texte ne nomme pas ; le potlatch étudié par Mauss avait donné son titre au bulletin de l'Internationale lettriste. La formule finale, qui substitue la publicité du temps à sa réalité, est de la veine de la thèse 12 : le spectacle n'a pas besoin que le temps soit vécu, il lui suffit qu'il soit annoncé.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 157 poursuit sur le vécu quotidien sans mémoire ; la 158 fermera le raisonnement en faisant du spectacle la conscience trompée du temps. Au chapitre VIII, la critique de la consommation culturelle reprendra la même figure : un manque qu'on vend comme sa propre réparation.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier situationnistes, avec 52 autres.
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