Chapitre II · thèses 35 à 53
La marchandise comme spectacle
Exergue Lukács, Histoire et conscience de classe
Le spectacle est le moment où la marchandise occupe toute la vie sociale. Debord reprend le fétichisme de Marx et la réification de Lukács, et suit l'économie qui, de servante de la survie, devient l'objet même de la contemplation : la survie augmentée, le consommateur d'illusions.
Le premier chapitre s'était achevé sur le capital devenu image. Le second revient donc là où Marx avait commencé, à la marchandise — et il le dit dès sa première phrase, en reconnaissant « notre vieille ennemie ».
Ce que le chapitre ajoute à Marx tient en un déplacement. Le fétichisme, dans Le Capital, est une illusion nécessaire de l'échange : les rapports entre les hommes leur apparaissent comme des rapports entre les choses. Debord constate qu'un siècle plus tard, cette illusion n'a plus besoin d'être une illusion : elle est devenue le monde visible lui-même. Les choses ne cachent plus les rapports sociaux, elles les ont remplacés — et le spectacle est le moment où cette occupation devient totale.
Le chapitre suit ensuite l'économie dans sa victoire, et en décrit le prix. Une société qui a résolu la survie ne l'a pas dépassée : elle l'a étendue, enrichie, meublée — c'est la survie augmentée, qui se prend pour la vie parce qu'elle a des loisirs. Le travailleur, méprisé dans la production, se retrouve courtisé hors d'elle sous le déguisement du consommateur. Et l'usage réel des choses s'amenuise à mesure que leur image grandit, jusqu'au consommateur d'illusions de la thèse 47.
La dernière partie du chapitre identifie le spectacle et l'argent : deux équivalents généraux, l'un pour l'échange, l'autre pour le regard. C'est ce qui permettra au chapitre suivant de passer à la politique sans changer d'outils.