Thèse 61 · chapitre III, Unité et division dans l'apparence
Thèse 61 de La Société du spectacle
La vedette, ennemie de l'individu qu'elle figure
Pas de citation sur cette page : ouvrez votre livre à la thèse 61.
I Ce qu'elle pose
La vedette passe pour l'individu accompli ; la thèse soutient l'inverse. Pour devenir un modèle qu'on imite, elle a dû abandonner toute qualité propre et se plier docilement à la marche des choses. Deux espèces sont distinguées. La vedette de consommation semble incarner des tempéraments différents, mais chacun accède au même ensemble de marchandises et y trouve le même bonheur. La vedette de décision, chef ou homme d'État, doit réunir toutes les vertus reconnues. Leurs différences affichées s'effacent donc devant une ressemblance tout aussi officielle. Deux exemples le montrent : Khrouchtchev, promu vainqueur de Koursk vingt ans après la bataille, et Kennedy, dont le rédacteur Sorensen prolongeait la voix après sa mort.
II D'où elle vient
Elle suit directement la thèse 60, qui avait défini la vedette comme spécialisation du vécu apparent. La thèse en tire la conséquence morale : ce qui est vécu à la place des autres n'est plus vécu par personne. Les deux exemples de 1963, la commémoration soviétique et l'assassinat de Kennedy, placent côte à côte l'Est et l'Ouest, pour montrer qu'une même fabrication produit leurs grands hommes.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 64 fera du chef la vedette absolue du concentré, et la 65 montrera les vedettes-marchandises du diffus défendant chacune leur projet de société. Entre-temps, la thèse 63 dira quelle misère commune se cache sous toutes ces oppositions de figures, et nommera pour la première fois les deux formes du spectacle.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier vedette, avec 17 autres.
Sur la Place publique les fils des lecteurs sur ce texte