Thèse 66 · chapitre III, Unité et division dans l'apparence
Thèse 66 de La Société du spectacle
L'épopée des marchandises et la ruse de leur forme
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I Ce qu'elle pose
Chaque marchandise se comporte comme si elle était la seule au monde : elle ignore les autres et veut s'imposer partout. Le spectacle devient le récit héroïque de cette guerre sans fin, qu'aucune désillusion ne vient clore, et ses héros ne sont plus des guerriers mais des produits, avec les passions qu'ils suscitent. Or, à travers ce combat aveugle, quelque chose de plus grand s'accomplit à l'insu des combattants : la marchandise devient le monde, et le monde devient marchandise. Chaque produit s'épuise dans la lutte et disparaît, tandis que la forme qu'ils ont tous en commun marche vers son triomphe complet.
II D'où elle vient
Elle développe le spectaculaire diffus de la thèse 65, où chaque marchandise se justifie au nom de la production totale. Deux détournements y sont reconnaissables : l'ouverture de l'Énéide, qui chante les armes et le héros, et la ruse de la raison de Hegel, par laquelle l'universel se réalise en laissant les passions particulières s'user à sa place. Le chiasme du devenir-monde rappelle aussi un tour du jeune Marx sur la philosophie.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 67 montre ce que devient le consommateur dans cette épopée : un fidèle. Les thèses 69 et 70 décriront l'usure de chaque produit, remplacé aussitôt qu'acquis. Le chapitre II, aux thèses 36 à 42, avait déjà décrit l'occupation du monde par la marchandise ; ici elle prend la forme d'un récit.
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