Thèse 62 · chapitre III, Unité et division dans l'apparence
Thèse 62 de La Société du spectacle
« Ainsi se recompose l’interminable série des affrontements dérisoires mobilisant un intérêt sous-ludique, du sport de compétition aux élections. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 62. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
Le choix illusoire dans l'abondance spectaculaire — choix qui repose sur la juxtaposition de spectacles concurrentiels et solidaires comme sur celle des rôles, signifiés et portés principalement par des objets — se développe en lutte de qualités fantomatiques destinées à passionner l'adhésion à la trivialité quantitative. Ainsi se recompose l'interminable série des affrontements dérisoires mobilisant un intérêt sous-ludique, du sport de compétition aux élections. Le spectacle a besoin d'oppositions pour occuper l'attention, et il en fabrique là où il n'y a que des variantes du même.
II D'où elle vient
« Intérêt sous-ludique » oppose implicitement le jeu spectaculaire au jeu tel que la revue l'entendait dans sa « Contribution à une définition situationniste du jeu » (n° 1, 1958) : un jeu qui engage la vie, contre un jeu qu'on regarde. Le rapprochement du sport et des élections, scandaleux pour la gauche parlementaire de l'époque, vient de la tradition anti-parlementaire des conseils : voter pour une représentation, c'est choisir une équipe.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 63 opposera à ces fausses luttes les vraies contradictions que le spectacle recouvre ; le chapitre IV, à la thèse 118, reviendra sur le pouvoir des conseils contre la représentation électorale.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier conseils, avec 24 autres.
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