Thèse 68 · chapitre III, Unité et division dans l'apparence
Thèse 68 de La Société du spectacle
« Mais la marchandise abondante est là comme la rupture absolue d’un développement organique des besoins sociaux. Son accumulation mécanique libère un artificiel illimité, devant lequel le désir vivant reste désarmé. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 68. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
Ce qui est différent du besoin dans l'apparence, le pseudo-besoin imposé par la consommation moderne, ne peut être opposé à aucun besoin ou désir authentique qui ne serait pas lui-même façonné par la société et son histoire. Debord refuse donc la nostalgie d'un besoin naturel. Mais la marchandise abondante est là comme la rupture absolue d'un développement organique des besoins sociaux : son accumulation mécanique libère un artificiel illimité, devant lequel le désir vivant reste désarmé. Il n'y a pas de vrai besoin à opposer au faux ; il y a un désir vivant, et une production qui le déborde de tous côtés.
II D'où elle vient
La thèse répond aux critiques de la société de consommation qui, de Marcuse à Packard, opposaient de faux besoins à de vrais : pour Debord, le besoin est toujours historique, ce qu'il tient des Manuscrits de 1844 de Marx, où la richesse humaine est la richesse des besoins. Ce qui distingue l'abondance marchande, ce n'est pas la fausseté de ses besoins, c'est le fait qu'elle les produit mécaniquement, sans que le désir ait part à leur développement.
III Ce qu'elle ouvre
Les thèses suivantes poursuivent sur la marchandise vedette et sur la mode qui la renouvelle ; le chapitre VI reviendra sur le pseudo-besoin sous sa forme temporelle, le temps pseudo-cyclique consommable des thèses 152 et 153.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier marchandise, avec 37 autres.
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