Thèse 65 · chapitre III, Unité et division dans l'apparence
Thèse 65 de La Société du spectacle
« Le spectaculaire diffus accompagne l’abondance des marchandises, le développement non perturbé du capitalisme moderne. Ici chaque marchandise prise à part est justifiée au nom de la grandeur de la production de la totalité des objets, dont le spectacle est un catalogue apologétique. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 65. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
La seconde forme du spectacle est celle des pays riches, où le capitalisme se développe sans rupture. Le pouvoir n'y a pas de visage unique ; c'est la masse des produits qui plaide pour elle-même, et chaque objet se justifie par la grandeur de l'ensemble dont il fait partie. Sur cette scène unifiée se croisent des affirmations qui ne peuvent s'accorder : les marchandises les plus en vue portent chacune leur plan pour la société, et l'automobile, qui réclame une circulation sans obstacle, détruit les vieilles villes dont la ville elle-même voudrait garder des quartiers-musées. Reste le décalage qui ruine la promesse. Le bonheur est attribué à la consommation prise en entier, mais personne ne consomme le tout : chacun ne tient qu'un morceau après l'autre, et la qualité promise à l'ensemble n'est dans aucun. Le spectacle diffus n'a pas de chef parce que chaque marchandise est un chef en concurrence avec les autres — et c'est la totalité qui règne.
II D'où elle vient
La description du marché comme scène où chaque marchandise fait sa propre apologie prolonge le fétichisme de Marx et la sociologie de la consommation des années soixante (Baudrillard publiera Le Système des objets en 1968) ; mais Debord y ajoute la lecture politique : les projets rivaux d'organisation sociale que portent les marchandises — l'automobile, la ville, le loisir — sont des politiques, et le chapitre VII le montrera pour l'urbanisme.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 68 dira ce que cette abondance fait au désir, qu'elle laisse sans défense devant un artifice sans limite. La thèse 174, au chapitre VII, montrera l'automobile imposant sa loi au terrain, l'autoroute brisant les vieux centres.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier marchandise, avec 79 autres.
Sur la Place publique les fils des lecteurs sur ce texte