Thèse 60 · chapitre III, Unité et division dans l'apparence
Thèse 60 de La Société du spectacle
« La condition de vedette est la spécialisation du vécu apparent, l’objet de l’identification à la vie apparente sans profondeur, qui doit compenser l’émiettement des spécialisations productives effectivement vécues. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 60. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
La vedette, représentation spectaculaire de l'homme vivant, concentre en elle l'image d'un rôle possible. Sa condition est la spécialisation du vécu apparent, l'objet de l'identification à la vie apparente sans profondeur, qui doit compenser l'émiettement des spécialisations productives effectivement vécues. Les vedettes existent pour figurer des types variés de styles de vie et de compréhension de la société, libres de s'exprimer globalement ; elles incarnent le résultat inaccessible du travail social, en en mimant les sous-produits qui sont magiquement transférés au-dessus de lui — le pouvoir et les vacances, la décision et la consommation.
II D'où elle vient
La critique de la star de cinéma est celle d'Edgar Morin dans Les Stars (1957), que Debord retourne : là où Morin voyait une mythologie moderne, Debord voit une division du travail. La vedette est la spécialiste de la vie apparente, comme l'ouvrier est le spécialiste d'un geste. Le rapprochement de la vedette du spectacle et de la vedette du pouvoir — le chef d'État est lui aussi une vedette — sera développé à la thèse 61, et il est l'apport propre de Debord.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 61 dira que l'agent du spectacle mis en scène comme vedette est le contraire de l'individu ; les thèses 64 et 65 montreront que le concentré a une vedette absolue, le chef, tandis que le diffus multiplie les vedettes-marchandises.
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