Chapitre III · thèses 54 à 72
Unité et division dans l'apparence
Exergue Le Drapeau rouge, Pékin, 21 septembre 1964
Le spectacle est un et divisé, comme la société qu'il exprime. C'est ici que sont distinguées ses deux formes rivales de 1967, le spectaculaire concentré des bureaucraties et le diffus des sociétés d'abondance, et que paraît la vedette, figure commune aux deux.
Le titre est une formule dialectique, et il annonce le programme : le spectacle est un et divisé, comme la société qu'il exprime, et il édifie son unité sur le déchirement.
Ce chapitre est celui où le livre de 1967 parle le plus directement de son époque. Le monde est coupé en deux blocs qui se disent adversaires ; Debord pose qu'ils sont deux formes rivales d'un même spectacle et deux gestions du même système. À l'Est et dans les fascismes, le spectaculaire concentré : la propriété bureaucratique, qui ne peut se montrer que dans une personne, produit une vedette absolue — le chef — et, parce que cette image doit être imposée à tous, s'appuie sur la police. À l'Ouest, le spectaculaire diffus : l'abondance marchande n'a pas de chef, chaque marchandise se recommande elle-même au nom de la totalité, et les vedettes s'y multiplient comme des produits.
Entre les deux, une figure commune, et c'est la trouvaille du chapitre : la vedette. Elle n'est pas un individu remarquable mais la spécialisation du vécu apparent — quelqu'un dont le métier est de vivre en image la totalité que chacun ne vit qu'en morceaux. Star de cinéma ou chef d'État, le mécanisme est le même, et c'est pourquoi les deux systèmes se ressemblent jusque dans leur langage.
Le chapitre décrit enfin ce que le choix devient dans un tel monde : une lutte de qualités fantomatiques, une série d'affrontements dérisoires qui vont du sport de compétition aux élections. Vingt ans plus tard, les Commentaires diront que les deux formes ont fusionné en une troisième, le spectaculaire intégré — ce chapitre est ce qu'il fallait écrire pour que cette phrase-là ait un sens.