Thèse 54 · chapitre III, Unité et division dans l'apparence
Thèse 54 de La Société du spectacle
« Le spectacle, comme la société moderne, est à la fois uni et divisé. Comme elle, il édifie son unité sur le déchirement. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 54. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
Le chapitre III s'ouvre sur une formule d'équilibre : ce qui vaut pour la société moderne vaut pour son spectacle, qui tient ensemble et se fend à la fois, et dont l'unité repose sur la déchirure. La seconde phrase ajoute un tour de plus : dans le spectacle, une contradiction qui affleure se voit retourner son sens. Les divisions qu'on exhibe servent l'unité, et l'unité qu'on affiche cache la division. Autrement dit, les oppositions que le spectacle met en scène — entre régimes, entre produits, entre vedettes — sont les formes de son unité ; et l'unité qu'il proclame recouvre une division réelle, celle des classes.
II D'où elle vient
La forme est celle de la dialectique hégélienne de l'identité et de la différence, mais l'usage est marxien : le Manifeste décrivait déjà une bourgeoisie qui unifie le marché mondial tout en dressant les classes l'une contre l'autre. L'exergue du chapitre, tiré du Drapeau rouge de Pékin en 1964, rapporte une polémique philosophique chinoise — l'un se divise-t-il en deux, ou deux fusionnent-ils en un ? — présentée comme une lutte de classes : une division montrée, interne à un même pouvoir.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 55 dira que la contradiction officielle est la lutte entre des pouvoirs qui gèrent le même système ; la 56, que ces fausses luttes traduisent pourtant des différences réelles. Les thèses 64 et 65 opposeront le spectaculaire concentré et le spectaculaire diffus, deux formes rivales d'un seul spectacle.
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