Thèse 118 · chapitre IV, Le prolétariat comme sujet et comme représentation
Thèse 118 de La Société du spectacle
« Dans le nouveau moment de la critique prolétarienne, ce résultat revient comme le seul point invaincu du mouvement vaincu. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 118. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
Le mouvement ouvrier a été vaincu, et Debord ne le dissimule pas : par la social-démocratie, par le bolchevisme, par le fascisme, par sa propre bureaucratie. La thèse isole pourtant une réussite. Dans le premier quart du siècle, l'apparition des conseils a été le sommet de ce mouvement ; on ne l'a pas vue, ou on l'a défigurée, parce qu'elle a sombré avec le reste, que toute l'expérience de l'époque démentait. La citation dit son retour : dans la nouvelle critique qui s'annonce, les conseils reparaissent comme l'unique acquis qu'aucune défaite n'a réfuté. La dernière phrase change le point de vue. Une conscience historique qui sait n'avoir pas d'autre lieu que ce pouvoir-là peut désormais le reconnaître, non plus sur les bords d'un mouvement qui recule, mais au cœur de celui qui monte. Ce n'est pas un programme : c'est ce qui reste quand on a fait le bilan honnête d'un siècle.
II D'où elle vient
La formule ne conteste pas le constat de la défaite : Debord l'accepte et en extrait l'invaincu. La phrase de la citation oppose l'invaincu au vaincu, figure que Debord affectionne parce qu'elle fait tourner une défaite en son contraire, comme le détournement fait tourner une phrase.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 121 dira ce que doit être l'organisation qui reprend ce point ; la thèse 179, au chapitre VII, demandera que tout le territoire soit refait à la mesure du pouvoir des conseils. La Véritable Scission, en 1972, dira ce que mai 68 a fait de ce point invaincu.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier conseils, avec 51 autres.
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