Thèse 118 · chapitre IV, Le prolétariat comme sujet et comme représentation
Thèse 118 de La Société du spectacle
« Dans le nouveau moment de la critique prolétarienne, ce résultat revient comme le seul point invaincu du mouvement vaincu. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 118. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
Le mouvement ouvrier a été vaincu, et Debord ne le dissimule pas : par la social-démocratie, par le bolchevisme, par le fascisme, par sa propre bureaucratie. Mais la vérité de ce mouvement vaincu n'a pas été réfutée : le pouvoir des conseils, chaque fois écrasé, n'a jamais été dépassé par une forme supérieure. Dans le nouveau moment de la critique prolétarienne, ce résultat revient comme le seul point invaincu du mouvement vaincu. Ce n'est pas un programme : c'est ce qui reste quand on a fait le bilan honnête d'un siècle.
II D'où elle vient
La formule renverse le pessimisme historique de la gauche des années soixante, qui tenait la révolution pour close depuis Kronstadt ou depuis 1936 : Debord accepte le constat de la défaite et en extrait l'invaincu. La forme de la phrase — le point invaincu du mouvement vaincu — est un chiasme, figure que Debord affectionne parce qu'elle fait tourner une défaite en son contraire, comme le détournement fait tourner une phrase.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 121 dira ce que doit être l'organisation qui reprend ce point ; la thèse 179, au chapitre VII, appliquera le pouvoir des conseils à la reconstruction du territoire. La Véritable Scission, en 1972, dira ce que mai 68 a fait de ce point invaincu.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier conseils, avec 24 autres.
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