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Chapitre V · thèses 125 à 146

Temps et histoire

Exergue Shakespeare, Henry IV

Une histoire du temps : le temps cyclique des sociétés agraires, le temps irréversible que la bourgeoisie a fait connaître au monde en le refusant à ses vies. L'homme est identique au temps, et l'histoire est ce qu'il en fait — ou ce qu'on lui en retire.

Après la politique, le temps. Le chapitre V est le plus philosophique du livre, et c'est aussi celui qui en donne la profondeur : on ne comprend pas ce que le spectacle fait aux journées si l'on ne sait pas ce qu'est un temps historique.

Debord y raconte une histoire en trois âges. Les sociétés sans histoire vivent un temps cyclique, celui des saisons et du retour du même ; leur travail de pensée consiste à nier le temps qui passe, et le mythe est la forme de cette négation. Avec les maîtres apparaît un temps irréversible — celui des chroniques, des règnes, des conquêtes — mais il est la propriété d'une minorité : les puissants ont une histoire, les autres ont des saisons. Puis vient la bourgeoisie, première classe pour qui le temps est un capital, et qui impose à la société entière le temps irréversible du travail et de la production.

C'est ici que le chapitre bascule. La bourgeoisie a fait connaître le temps historique au monde, et elle en refuse l'usage : que le temps avance est la condition de son économie, mais que l'histoire arrive est la menace de son pouvoir. « Il y a eu de l'histoire, mais il n'y en a plus » — la classe qui a rendu l'histoire possible est la première à ne pas en vouloir.

Le chapitre ne dit pas encore ce qu'on met à la place ; c'est l'affaire du suivant. Il pose l'essentiel : l'homme est identique au temps, une vie est ce qu'on fait de sa durée, et une société qui confisque le temps ne confisque pas une abstraction.