Thèse 143 · chapitre V, Temps et histoire
Thèse 143 de La Société du spectacle
Le bilan de la classe qui a inventé le temps historique :
« Ainsi la bourgeoisie a fait connaître et a imposé à la société un temps historique irréversible, mais lui en refuse l’usage. « Il y a eu de l’histoire, mais il n’y en a plus » »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 143. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
La bourgeoisie a fait connaître et a imposé à la société un temps historique irréversible — le temps du travail, de la production, du progrès, qui ne revient jamais sur lui-même — mais elle lui en refuse l'usage. Il y a eu de l'histoire, mais il n'y en a plus, parce que la classe des possesseurs de l'économie, qui ne peut rompre avec l'histoire économique, doit aussi refouler comme une menace tout autre emploi irréversible du temps. La bourgeoisie est ainsi la première classe à ne pas vouloir de l'histoire qu'elle a rendue possible : elle veut que le temps continue, mais que rien n'arrive.
II D'où elle vient
« Il y a eu de l'histoire, mais il n'y en a plus » est une phrase de Marx dans Misère de la philosophie, où il résume l'attitude des économistes qui font du présent le terme de toute histoire ; Debord la met entre guillemets sans nommer sa source. La thèse renverse Hegel une fois encore : la fin de l'histoire, chez Debord, n'est pas l'accomplissement de la raison, c'est l'interdit posé sur l'histoire par ceux qui en possèdent le mouvement.
III Ce qu'elle ouvre
Le chapitre VI reprend là : le temps que la bourgeoisie consent est le temps spectaculaire, pseudo-cyclique, où rien n'arrive et où tout revient — thèses 147, 153 et 154. La thèse 158 dira que le spectacle est la fausse conscience du temps.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier marchandise, avec 37 autres.
Sur la Place publique les fils des lecteurs sur ce texte