Thèse 17 · chapitre I, La séparation achevée
Thèse 17 de La Société du spectacle
« La phase présente de l’occupation totale de la vie sociale par les résultats accumulés de l’économie conduit à un glissement généralisé de l’avoir au paraître, dont tout « avoir » effectif doit tirer son prestige immédiat et sa fonction dernière. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 17. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
Trois temps dans une phrase : être, avoir, paraître. La première phase de la domination de l'économie avait dégradé l'être en avoir — on ne vaut plus par ce qu'on est mais par ce qu'on possède. La phase présente, celle où les résultats accumulés de l'économie occupent toute la vie sociale, fait glisser l'avoir vers le paraître : ce qu'on possède ne vaut plus que par ce qu'il montre. La thèse conclut que toute réalité individuelle est devenue sociale, dépendante de la puissance sociale, et que ce n'est qu'en tant qu'elle n'est pas qu'il lui est permis d'apparaître.
II D'où elle vient
L'être et l'avoir viennent des Manuscrits de 1844, où Marx écrit que moins tu es, plus tu as — l'économie politique comme science du renoncement. Debord ajoute le troisième terme, le paraître, et c'est son apport propre : la société de consommation des années soixante n'est plus celle de l'épargne et de l'accumulation, c'est celle de l'exhibition de l'accumulation. Le mot « prestige » dit tout.
III Ce qu'elle ouvre
Le chapitre II développera ce glissement dans la marchandise ; la thèse 47 parlera du consommateur d'illusions. Et la vedette, à la thèse 60, sera le paraître fait personne.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier marchandise, avec 37 autres.
Sur la Place publique les fils des lecteurs sur ce texte