Thèse 125 · chapitre V, Temps et histoire
Thèse 125 de La Société du spectacle
« L’histoire a toujours existé, mais pas toujours sous sa forme historique. La temporalisation de l’homme, telle qu’elle s’effectue par la médiation d’une société, est égale à une humanisation du temps. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 125. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
Le chapitre V quitte la politique pour le temps. L'homme, dit Debord après Hegel, est identique au temps : « l'être négatif qui est uniquement dans la mesure où il supprime l'Être ». L'histoire a toujours existé, mais pas toujours sous sa forme historique — c'est-à-dire consciente d'elle-même, sue et voulue par ceux qui la font. La temporalisation de l'homme, telle qu'elle s'effectue par la médiation d'une société, est égale à une humanisation du temps : le temps n'est pas un cadre où les hommes vivent, il est ce qu'ils deviennent en vivant ensemble. Le chapitre entier suivra les formes sociales de ce temps.
II D'où elle vient
La citation est de Hegel, et la lecture qu'elle suppose — l'homme comme négativité, comme ce qui n'est qu'en niant ce qui est — est celle que Kojève et Hyppolite avaient rendue courante en France, et que Debord tenait aussi de Bataille. « L'histoire a toujours existé, mais pas toujours sous sa forme historique » reprend une formule de Marx sur le capital — qui a toujours existé, mais pas toujours sous sa forme capitaliste. Le procédé est constant : une phrase connue, un mot changé.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 126 décrira le temps cyclique des sociétés sans histoire ; la 127 le passage à l'agriculture ; la 143 dira comment la bourgeoisie a fait connaître le temps historique irréversible en le refusant à ses vies.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier unité, avec 22 autres.
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