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Thèse 138 · chapitre V, Temps et histoire

Thèse 138 de La Société du spectacle

Les millénaristes, révolution qui parlait encore religion

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I Ce qu'elle pose

Quand le moyen âge finit, ceux qui tiennent à l'ordre ancien éprouvent la montée de l'irréversible comme hantise de la mort. Les paysans, eux, répondent par la révolte et par l'attente d'un paradis réalisé sur terre, retrouvant l'espérance des premiers chrétiens que l'Église installée avait déclarée accomplie. Debord refuse d'y voir la source irrationnelle des révolutions modernes : c'est au contraire une lutte de classe moderne qui emprunte pour l'ultime fois le vocabulaire religieux. Elle échoue parce qu'elle attend un signe de Dieu et suit des chefs venus d'ailleurs : faute d'unité dans l'action et la pensée, les insurgés rêvent leur combat au lieu de le savoir le leur.

II D'où elle vient

La thèse répond nommément à Norman Cohn, dont The Pursuit of the Millennium rattachait les mouvements révolutionnaires modernes au millénarisme. Elle vise aussi Augustin, qui identifiait l'Église au royaume promis. Le lien entre forme de pensée et forme d'organisation reprend l'exigence de la thèse 123 : une révolution qui n'est pas comprise et conduite par ceux qui la font reste la chose d'autrui.

III Ce qu'elle ouvre

La thèse 139 passe à la Renaissance, rupture joyeuse avec l'éternité. L'idée que la révolution doit être reconnue comme sa propre opération est le cœur de ce que le livre attend du prolétariat, thèses 123 et 143.

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