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Thèse 10 · chapitre I, La séparation achevée

Thèse 10 de La Société du spectacle

« Mais la critique qui atteint la vérité du spectacle le découvre comme la négation visible de la vie ; comme une négation de la vie qui est devenue visible. »

Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 10. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.

I Ce qu'elle pose

La thèse fait du spectacle un concept d'unification : il rassemble sous un seul nom des phénomènes que tout sépare en apparence — l'information, la publicité, le loisir, la politique mise en scène. Leurs différences ne sont que les variations d'une même apparence, organisée par la société, qu'il faut saisir comme un tout. Pris à sa propre parole, le spectacle célèbre l'apparence et réduit l'existence humaine, qui est toujours sociale, à n'être que cela. La critique retourne cet éloge : ce qui se donne pour la plénitude du visible est la vie niée, et niée sous nos yeux.

II D'où elle vient

La formule de la citation rappelle la thèse 2, où le spectacle était le non-vivant qui se meut seul, et aussi la critique de l'aliénation des Manuscrits de 1844 de Marx, où la vie du travailleur passe dans l'objet et lui revient comme une puissance étrangère. Le tour de phrase — la négation, puis la même négation devenue visible — est une manière de Debord : répéter en déplaçant l'accent, pour que le second énoncé fasse voir ce que le premier disait.

III Ce qu'elle ouvre

La thèse 12 dira ce que cette apparence organisée affirme d'elle-même : ce qui apparaît est bon. La thèse 30 décrira, du côté du spectateur, ce que cette négation visible fait à sa vie.

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