Thèse 2 · chapitre I, La séparation achevée
Thèse 2 de La Société du spectacle
« Le spectacle en général, comme inversion concrète de la vie, est le mouvement autonome du non-vivant. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 2. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
La thèse décrit une opération en trois temps. D'abord les images se décollent, une à une, des différents moments de l'existence, puis elles se rejoignent en un flux unique ; mais ce flux ne rend pas à la vie l'unité qu'elle a perdue. Ensuite ce réel pris en morceaux se recompose à part, en un monde de substitution qui ne s'offre qu'au regard. Enfin ce monde d'images n'est pas inerte : il bouge, se développe, commande, alors qu'il n'est fait que de vie retirée. Au passage, Debord glisse que dans cette image devenue autonome le mensonge finit par se tromper lui-même.
II D'où elle vient
L'idée d'inversion rappelle Feuerbach, dont est tiré l'exergue du chapitre : pour lui, la religion est l'homme qui projette hors de lui ses propres qualités pour les adorer. Le non-vivant qui se meut de lui-même fait écho à Marx, pour qui le capital est du travail mort qui en vient à commander le travail vivant. Le spectacle généralise cette même inversion à la vie entière.
III Ce qu'elle ouvre
Le mot de contemplation apparaît ici ; il commande la thèse 30, où le spectateur vit d'autant moins qu'il regarde davantage. La thèse 20 dira ce que ce pseudo-monde garde de religieux.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier marchandise, avec 79 autres.
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