Thèse 19 · chapitre I, La séparation achevée
Thèse 19 de La Société du spectacle
« Il ne réalise pas la philosophie, il philosophise la réalité. C’est la vie concrète de tous qui s’est dégradée en univers spéculatif. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 19. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
Le spectacle est l'héritier de toute la faiblesse du projet philosophique occidental, qui fut une compréhension de l'activité dominée par les catégories du voir ; et il se fonde sur l'incessant déploiement de la rationalité technique précise qui est issue de cette pensée. Mais il ne réalise pas la philosophie : il philosophise la réalité. La spéculation, au lieu de rester l'affaire des philosophes, est devenue la condition de tous — la vie concrète de chacun s'est dégradée en univers spéculatif, en monde qu'on contemple au lieu de le faire.
II D'où elle vient
« Réaliser la philosophie » est le programme du jeune Marx, dans l'introduction à la Critique de la philosophie du droit de Hegel : on ne peut supprimer la philosophie sans la réaliser, ni la réaliser sans la supprimer. Le spectacle fait l'inverse : il ne réalise pas la philosophie dans la vie, il transforme la vie en philosophie, c'est-à-dire en spéculation. Le mot « spéculatif » joue sur ses deux sens, le miroir et la pensée abstraite.
III Ce qu'elle ouvre
La même structure — supprimer sans réaliser, réaliser sans supprimer — reviendra à la thèse 191 pour le dadaïsme et le surréalisme. La thèse 20 poursuivra : le spectacle est la reconstruction matérielle de l'illusion religieuse.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier surréalisme, avec 12 autres.
Sur la Place publique les fils des lecteurs sur ce texte