Thèse 24 · chapitre I, La séparation achevée
Thèse 24 de La Société du spectacle
« Le spectacle est le discours ininterrompu que l’ordre présent tient sur lui-même, son monologue élogieux. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 24. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
La thèse fait du spectacle la parole continue du pouvoir sur lui-même, son autoportrait au temps où il administre toutes les conditions de l'existence. Elle décrit ensuite l'illusion d'objectivité : les rapports spectaculaires ont l'air de rapports entre choses, et masquent ainsi qu'ils lient des hommes et des classes ; une seconde nature semble imposer ses lois comme un destin. Debord refuse alors l'explication par la technique : ce n'est pas le progrès des moyens qui a produit le spectacle, c'est cette société qui choisit les techniques qui lui conviennent. Les médias de masse n'en sont que la surface, et s'ils passent pour indispensables, c'est parce que leur communication ne va que dans un sens. Leur concentration remet à l'administration les moyens de se perpétuer, et la thèse finit sur l'État moderne, forme générale de la scission sociale.
II D'où elle vient
On peut rapprocher la définition de la citation de ce que Marx dit de l'idéologie : les idées de la classe dominante sont, à chaque époque, les idées dominantes. Mais chez Debord ce discours n'est plus porté par des idéologues, il est diffusé par les choses mêmes. L'apparence fétichiste renvoie au fétichisme de la marchandise du Capital. La phrase sur la technique semble viser les théories, répandues dans les années soixante, qui expliquaient la télévision par la télévision.
III Ce qu'elle ouvre
Le chapitre IX reprendra le fétichisme et la « seconde nature » sous le nom d'idéologie matérialisée. La thèse 18 avait dit que le spectacle est le contraire du dialogue ; celle-ci en donne la forme positive, le monologue.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier idéologie, avec 67 autres.
Sur la Place publique les fils des lecteurs sur ce texte