Thèse 1 · chapitre I, La séparation achevée
Thèse 1 de La Société du spectacle
« Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 1. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
La première thèse contient le livre entier en deux phrases. La première élargit le champ : ce que Debord nomme spectacle ne désigne pas un secteur de l'existence, les loisirs ou la télévision, mais l'allure que prend toute l'existence collective partout où la production moderne commande. La seconde donne le mécanisme : l'expérience vécue sans intermédiaire a reculé, et ce qui en tient lieu est une représentation. Avant d'être une image, le spectacle est donc une distance.
II D'où elle vient
C'est un détournement, et le premier du livre. Le Capital de Marx s'ouvre sur la richesse des sociétés capitalistes, qui « s'annonce comme une immense accumulation de marchandises ». Debord met la vie à la place de la richesse et le spectacle à la place de la marchandise. Tout le livre tient dans cette substitution : le spectacle est à la vie ce que la marchandise est à la richesse, sa forme séparée.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 4 précisera de quel rapport il s'agit ; la thèse 34 fermera le chapitre en faisant du spectacle le capital parvenu au stade de l'image. Et le chapitre II reprendra la marchandise là où cette première phrase l'a laissée.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier marchandise, avec 79 autres.
Sur la Place publique les fils des lecteurs sur ce texte