Thèse 187 · chapitre VIII, La négation et la consommation dans la culture
Thèse 187 de La Société du spectacle
« Le fait que le langage de la communication s’est perdu, voilà ce qu’exprime positivement le mouvement de décomposition moderne de tout art, son anéantissement formel. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 187. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
La thèse lit la décomposition de l'art moderne comme un message à deux faces. En positif, la destruction des formes dit un fait : les hommes ont perdu le langage par lequel ils communiquaient. En négatif, elle désigne une tâche : retrouver une langue commune. Mais pas à la manière de l'art ancien, qui parlait après coup, racontait à d'autres une vie vécue sans échange véritable, et entérinait ce manque ; il faut la retrouver dans l'action même, là où le geste et la parole ne font qu'un. Le but est de vivre pour de bon ce que les œuvres ne faisaient que figurer : le dialogue partagé et une manière de jouer avec le temps. L'art moderne a détruit ses formes parce qu'il n'y avait plus personne à qui parler ; cette destruction dit, à l'envers, ce qu'il faudrait.
II D'où elle vient
Debord lit l'histoire de l'art du XX<sup>e</sup> siècle, de l'abstraction au lettrisme, comme la dissolution progressive du langage commun ; la revue le soutenait dès son n° 1, dont la définition de la décomposition distingue une démolition active, close vers 1930, et une phase de répétition qui domine depuis. La praxis où l'activité et son langage se rejoignent est la définition de la situation construite, sans le mot.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 188 dira que l'art devenu indépendant ne peint un monde qu'une fois celui-ci vieilli ; la 190 que l'art de la dissolution exprime un changement qu'il ne peut pas accomplir ; la 191 nommera les deux tentatives, dada et le surréalisme.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier langage, avec 71 autres.
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