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Thèse 188 · chapitre VIII, La négation et la consommation dans la culture

Thèse 188 de La Société du spectacle

« Quand l’art devenu indépendant représente son monde avec des couleurs éclatantes, un moment de la vie a vieilli, et il ne se laisse pas rajeunir avec des couleurs éclatantes. »

Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 188. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.

I Ce qu'elle pose

Quand l'art devenu indépendant représente son monde avec des couleurs éclatantes, un moment de la vie a vieilli, et il ne se laisse pas rajeunir avec des couleurs éclatantes : il ne se laisse qu'évoquer dans le souvenir. La grandeur de l'art ne commence à paraître qu'au crépuscule de la vie. L'art autonome — celui qui ne sert plus ni le culte ni le pouvoir — est donc le signe que le monde qu'il peint est déjà passé : il est beau parce qu'il est un adieu.

II D'où elle vient

C'est la préface des Principes de la philosophie du droit de Hegel détournée mot pour mot : la philosophie, dit Hegel, peint son gris sur gris quand une forme de vie a vieilli, et la chouette de Minerve ne prend son vol qu'au crépuscule. Debord remplace la philosophie par l'art, le gris par les couleurs éclatantes, et garde la chouette. Le procédé est expliqué à la thèse 207 : le plagiat serre de près la phrase d'un auteur et remplace une idée par l'idée juste.

III Ce qu'elle ouvre

La thèse 189 donnera le baroque comme premier art d'un monde qui a perdu son centre ; la 190 conclura que l'art de l'époque est forcément d'avant-garde, et que son avant-garde est sa disparition.

Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier langage, avec 34 autres.

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