Thèse 191 · chapitre VIII, La négation et la consommation dans la culture
Thèse 191 de La Société du spectacle
« Le dadaïsme a voulu supprimer l’art sans le réaliser ; et le surréalisme a voulu réaliser l’art sans le supprimer. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 191. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
La plus célèbre thèse du chapitre, et la formule que Debord reprend depuis 1957. Le dadaïsme et le surréalisme sont les deux courants qui marquèrent la fin de l'art moderne ; ils sont, quoique seulement d'une manière relativement consciente, contemporains du dernier grand assaut du mouvement révolutionnaire prolétarien — et l'échec de ce mouvement, qui les laissait enfermés dans le champ artistique même dont ils avaient proclamé la caducité, est la raison fondamentale de leur immobilisation. Le dadaïsme a voulu supprimer l'art sans le réaliser ; et le surréalisme a voulu réaliser l'art sans le supprimer. La position conséquente est celle qui fait les deux à la fois.
II D'où elle vient
La formule calque celle de Marx sur la philosophie, dans l'introduction à la Critique de la philosophie du droit de Hegel : on ne peut supprimer la philosophie sans la réaliser, ni la réaliser sans la supprimer. La thèse 19 l'avait déjà appliquée au spectacle. Ici, elle règle le compte des deux avant-gardes dont l'Internationale situationniste se voulait l'héritière et la dépasseuse — le Rapport de 1957 disait déjà la même chose, en dix pages.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 192 décrit ce que le spectacle a fait de leurs négations : une répétition récupérée, la communication de l'incommunicable. La thèse 210 dira que la négation réelle de la culture est seule à en conserver le sens, et qu'elle ne peut plus être culturelle.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier surréalisme, avec 12 autres.
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