Thèse 206 · chapitre VIII, La négation et la consommation dans la culture
Thèse 206 de La Société du spectacle
« Le détournement ramène à la subversion les conclusions critiques passées qui ont été figées en vérités respectables, c’est-à-dire transformées en mensonges. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 206. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
Le style de la négation a une technique, et c'est le détournement. Il ramène à la subversion les conclusions critiques passées qui ont été figées en vérités respectables, c'est-à-dire transformées en mensonges. Une phrase de Hegel ou de Marx, devenue citation d'autorité, est morte ; reprise sans respect, retournée, remise en mouvement, elle redevient critique. Le détournement, dit la thèse, est le contraire de la citation : là où la citation fige, il libère ; et il est l'expression de la mobilité du langage théorique, où chaque conclusion n'est qu'un moment.
II D'où elle vient
Le « Mode d'emploi du détournement », écrit avec Wolman en 1956 pour Les Lèvres nues, avait posé les lois du procédé pour la poésie, le cinéma et la peinture ; la thèse l'applique à la théorie, et le livre entier en est l'exemple. La formule « vérités respectables, c'est-à-dire transformées en mensonges » applique à la citation ce que la thèse 9 disait du monde : le vrai figé n'est plus qu'un moment du faux.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 207 donne la source du procédé, le plagiat de Lautréamont ; la 208 en fait le langage fluide de l'anti-idéologie, et le contraire de la citation ; la 209 dira que le théorique n'a à se connaître qu'avec l'action historique.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier langage, avec 34 autres.
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