Thèse 192 · chapitre VIII, La négation et la consommation dans la culture
Thèse 192 de La Société du spectacle
« La consommation spectaculaire qui conserve l’ancienne culture congelée, y compris la répétition récupérée de ses manifestations négatives, devient ouvertement dans son secteur culturel ce qu’elle est implicitement dans sa totalité : la communication de l’incommunicable. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 192. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
La consommation spectaculaire qui conserve l'ancienne culture congelée — y compris la répétition récupérée de ses manifestations négatives — devient ouvertement, dans son secteur culturel, ce qu'elle est implicitement dans sa totalité : la communication de l'incommunicable. Le spectacle ne se contente pas de conserver l'art ancien au musée ; il conserve aussi les gestes qui voulaient le détruire, et les répète comme des styles. La destruction extrême du langage — le collage, l'aléatoire, le silence — peut alors être reconnue comme une valeur positive officielle, puisqu'il s'agit d'une réconciliation avec l'état dominant des choses, dans lequel toute communication est joyeusement proclamée absente.
II D'où elle vient
C'est la théorie situationniste de la récupération, formée dans la revue à propos du néo-dadaïsme, du pop art et du nouveau roman : chaque négation, une fois séparée du mouvement qui la portait, devient une marchandise culturelle. « La communication de l'incommunicable » vise le vocabulaire de la critique d'art des années soixante, qui faisait de l'absence de sens une profondeur. La thèse 187 avait posé la perte du langage ; celle-ci en montre l'exploitation.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 200 prendra Boorstin comme exemple de la pensée qui décrit le spectacle sans le comprendre ; la 203 dira qu'aucune idée ne peut mener au-delà du spectacle, seule une force pratique le peut ; la 204 passera à la méthode même du livre.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier langage, avec 34 autres.
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