Thèse 180 · chapitre VIII, La négation et la consommation dans la culture
Thèse 180 de La Société du spectacle
« La culture est le lieu de la recherche de l’unité perdue. Dans cette recherche de l’unité, la culture comme sphère séparée est obligée de se nier elle-même. »
Guy Debord, La Société du spectacle (1967), thèse 180. Texte de l'édition Gallimard, 1992, repris en Folio.
I Ce qu'elle pose
Le chapitre VIII ouvre sur une définition de la culture. Là où la société est partagée en classes, elle est le domaine général du savoir et de la représentation de ce qu'on vit — une puissance de généraliser qui existe à part, et qui est à la fois un fruit du partage des tâches intellectuelles et un travail qui entretient ce partage. Elle est sortie de la cohésion qu'offraient les sociétés du mythe ; Hegel, cité, date ce moment de celui où les contraires se séparent et deviennent autonomes. Devenue indépendante, elle s'étend, conquiert, s'enrichit — et cette expansion même ronge son indépendance. Son histoire est celle d'une insuffisance qui se découvre, et donc d'une marche vers sa propre suppression. Elle cherche l'unité que sa propre existence, comme sphère à part, rend impossible.
II D'où elle vient
Faire de la culture un domaine à part rappelle L'Idéologie allemande de Marx, sur la division du travail matériel et intellectuel ; la citation de Hegel vient d'un écrit de jeunesse de Hegel consacré à Fichte et Schelling, que la thèse nomme. L'obligation de se nier a un tour hégélien, et c'est le mouvement même de l'art moderne tel que Debord le voit — dada, le surréalisme, le lettrisme, chacun détruisant un peu plus la culture au nom de la vie.
III Ce qu'elle ouvre
La thèse 184 distinguera les deux issues de cette fin de la culture, le dépassement ou la conservation en objet mort ; la 191 nommera dada et le surréalisme ; la 210 dira que seule une négation effective de la culture en garde le sens.
Sur le plan du corpus, ce texte est au quartier langage, avec 71 autres.
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